Accusé par l’ex-président de la transition, le général Sékouba Konaté, d’avoir “vendu Air Guinée” et d’avoir “échappé à la prison grâce à lui”, Cellou Dalein Diallo n’a pas mis de gants pour répondre. Dans un entretien accordé à nos confrères de guinee7.com, le président de l’UFDG démonte point par point ce qu’il qualifie de “contre-vérités” et revient sur des pans méconnus de son parcours politique.
“Je n’ai jamais signé, jamais reconnu quoi que ce soit”
Pour l’ancien Premier ministre, les accusations du général Konaté relèvent de la pure invention. “Tout ce qu’il a dit, ce sont des contre-vérités. Je n’ai jamais signé un document, ni reconnu quoi que ce soit. Dans l’affaire Air Guinée, je n’ai jamais été interrogé”, tranche-t-il.
Selon lui, ni Ousmane Kaba , auteur du rapport d’audit, ni aucun inspecteur n’a jugé utile de l’entendre avant d’écrire noir sur blanc qu’il aurait “vendu Air Guinée à Mamadou Sylla sans appel d’offres”.
“C’est faux”, martèle Dalein. “Le Conseil des ministres avait approuvé la privatisation, confiée ensuite au ministère des Finances. Mon département, les Transports, n’était même pas représenté dans la commission. Mais dans le rapport, ils ont tout de même écrit que j’avais décidé seul, juste pour me trouver un grief.”
“Je n’ai jamais été interrogé ni poursuivi, jusqu’au CNRD”
L’ancien chef du gouvernement sous Conté affirme n’avoir jamais été inquiété, ni sous Dadis, ni sous Konaté, ni même sous Alpha Condé.
“C’est seulement avec le CNRD qu’on a commencé à parler de blanchiment, de détournement ou de corruption. Avant cela, je n’ai jamais eu le moindre problème judiciaire”, insiste-t-il.
Quant à la prétendue “confession” qu’il aurait faite devant Alfred Matos, l’agent judiciaire de l’État, Dalein balaie l’accusation d’un revers de main : “Jamais ! Matos ne m’a jamais interrogé ni convoqué. Je n’ai rien reconnu, parce que je n’ai rien à reconnaître.”
“C’est moi qui ai obtenu la libération d’Alpha Condé”
L’ancien ministre a aussi profité de l’entretien pour lever le voile sur un épisode peu connu de l’histoire politique guinéenne : la libération d’Alpha Condé en 2001.
“Ce n’est même pas un rôle, c’est moi qui ai obtenu sa libération”, affirme-t-il sans détour.
Il raconte avoir convaincu le président Lansana Conté d’agir : “Je lui ai dit : Président, vous êtes le doyen des chefs d’État de la région. Vous avez vaincu la rébellion, accueilli des réfugiés, défendu l’intégrité du territoire. Surprenez le monde en libérant Alpha Condé. Il m’a demandé : ‘Comment je fais ?’ Je lui ai répondu : ‘Appelez le ministre de la Justice et demandez-lui de préparer un décret.’ Deux jours plus tard, le décret est sorti.”
Mais Dalein assure qu’il n’a jamais cherché à tirer un avantage personnel de cette démarche : “Je ne l’ai pas fait pour Alpha, mais pour l’image du président Conté. Je ne le connaissais même pas. Je ne lui en ai jamais parlé, même quand il est devenu président.”
“Alpha Condé avait choisi de me faire la guerre”
Quant à ses relations tumultueuses avec l’ancien chef de l’État, Cellou Dalein ne mâche pas ses mots : “C’était l’hostilité totale. Il avait choisi de me faire la guerre. Je crois qu’il a mal pris deux choses : le succès de mon engagement politique et mon score du premier tour de la présidentielle de 2010.”
“La vérité finira par sortir”
L’opposant promet de revenir plus en détail sur ces épisodes dans un livre à paraître bientôt. “Il faut que la vérité soit dite pendant que les témoins sont encore là”, lâche-t-il, comme un avertissement à ceux qui, selon lui, “réécrivent l’histoire à leur manière”.
En attendant, sa réplique à Sékouba Konaté relance le bras de fer verbal entre anciens dignitaires d’une époque où la Guinée sortait à peine du régime Conté. Un passé que chacun raconte désormais à sa façon — mais dont les blessures, elles, restent bien ouvertes.
Laguinee.info







