Le président malgache Andry Rajoelina a franchi un nouveau cap dans la crise politique qui secoue le pays. Ce mardi, la Présidence de la République a publié sur Facebook deux décrets majeurs : l’un portant dissolution de l’Assemblée nationale, l’autre nommant une conseillère spéciale en charge des relations avec les institutions.
Cette décision intervient alors que les députés s’apprêtaient à examiner une procédure de destitution contre le chef de l’État pour abandon de poste, après plusieurs jours d’absence et dans un contexte de fortes tensions marquées par le ralliement de certains militaires aux manifestants.
Un décret aux effets immédiats
Dans le décret n°2025-1051, Andry Rajoelina s’appuie sur l’article 60 de la Constitution pour dissoudre l’Assemblée nationale, « après information auprès du Premier ministre et consultation des présidents de l’Assemblée et du Sénat ».
Le texte précise que, « en raison de l’urgence », le décret entre immédiatement en vigueur dès sa diffusion radiophonique et télévisée, sans attendre sa publication au Journal officiel. Une formulation inhabituelle, qui témoigne de la volonté du pouvoir d’agir dans l’immédiat face à une situation politique instable.
Une nomination dans la foulée
Quelques minutes après cette annonce, la présidence a rendu public un second texte : le décret n°2025-1052, nommant Madame Lova Tahina RAJAOARINELINA conseillère spéciale du président en charge des relations avec les institutions.
La haute fonctionnaire bénéficiera, selon le texte, « de tous les avantages et indemnités liés à sa fonction » à compter du 14 octobre 2025.
Un contexte explosif
Ces décisions interviennent au moment où les manifestations antigouvernementales, initiées par des jeunes de la « Génération Z » depuis le 25 septembre, se sont intensifiées à Antananarivo. Ce week-end, des soldats du CAPSAT, une unité stationnée en périphérie de la capitale, ont appelé leurs camarades à refuser les ordres de tirer sur les manifestants, accentuant la pression sur le pouvoir.
Face à cette fronde croissante, Andry Rajoelina, 51 ans, avait pris la parole lundi pour la première fois depuis plusieurs jours, depuis un lieu tenu secret, affirmant :
« Je ne démissionnerai pas. Nous devons respecter la Constitution. »
Un message destiné à montrer qu’il reste aux commandes, malgré les accusations d’abandon de poste et la perte de soutien au sein de l’armée.
Une dissolution à haut risque
Selon la Constitution malgache, de nouvelles élections législatives doivent être organisées dans un délai de 60 jours après la dissolution du Parlement. Mais dans le contexte actuel de troubles politiques et de divisions au sein des forces de sécurité, ce calendrier semble difficilement tenable.
Alors que le pays fait face à une contestation sociale et politique sans précédent depuis 2009, cette décision présidentielle pourrait être interprétée par une partie de l’opinion comme une fuite en avant politique.
Laguinee.info





