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Makanéra Kaké : entre outrance politique et prêchi-prêcha au service du pouvoir !

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Parmi les figures politiques les plus volatiles et volages du paysage politique guinéen, Alhoussein Makanéra Kaké s’est imposé comme un maître de la provocation calculée. Sa dernière sortie sur les réseaux sociaux, où il affirme que « pour que l’UFDG accède au pouvoir, il faut d’abord réparer les injustices », mérite qu’on s’y attarde. Non pas parce qu’elle ouvre un débat sincère sur la justice et la réconciliation, que ce soit à l’échelle d’un parti ou d’un pays, mais parce qu’elle illustre une mécanique bien rodée : celle de la diversion politique par la culpabilisation ciblée ou plus précisément par l’inversion accusatoire.

Une posture morale en trompe-l’œil, en décalage avec le parcours de l’homme politique qu’il est

Makanéra Kaké se présente comme le héraut d’une nouvelle éthique politique, exigeant de l’UFDG qu’elle demande pardon à certaines familles et personnalités qu’il cite nommément. Mais cette posture, prétendument morale, est entachée d’un opportunisme manifeste.

Faut-il rappeler que Makanéra fut ministre de la Communication sous le régime d’Alpha Condé, à une époque où l’opposition notamment l’UFDG était réprimée avec brutalité, les libertés fondamentales bafouées. Ironie du sort, c’est ce même Makanéra Kaké qui, sans l’ombre d’un scrupule, a fini par rejoindre l’UFDG, sans qu’un quelconque malaise politique ne vienne troubler son trajectoire. Mais pourquoi se gêner, quand il s’agit de lui ?

Aujourd’hui, en tant que coordonnateur de la “Synergie Général Mamadi 2025”, il s’est reconverti en porte-flingue d’un pouvoir militaire. Ses attaques répétées contre l’UFDG relèvent moins d’une quête de vérité que d’une stratégie de délégitimation de l’opposition. Il ne cherche pas à clarifier les responsabilités, mais à les inverser, dans une tentative grossière de réécriture de l’histoire tout en passant sous silence les dérives du régime actuel qu’il soutient désormais.

Des accusations bancales, des évidences ignorées

Les griefs formulés par Makanéra Kaké à l’encontre de l’UFDG sont aussi vagues que sélectifs.

Il reproche à l’UFDG de boycotter les commerçants non affiliés au parti, y compris compris dans les sphères sociales comme les mariages ou les baptêmes. Mais où sont les preuves tangibles de ces allégations ? Ce type d’accusation, fondé sur des impressions plus que sur des faits, n’a rien de nouveau. On l’a déjà entendu à propos du RPG, notamment dans le cas de Mouloukou Souleymane Kaba, ancien maire de Kankan, qui aurait été marginalisé par ses électeurs et relégué au rang de persona non grata dans sa propre communauté. Son prétendu « crime » ? Ne pas soutenir le RPG, parti dont la base électorale repose largement sur la communauté mandingue. Plusieurs membres de cette communauté auraient subi le même sort pour avoir osé diverger politiquement. Pourtant, ce supposé bannissement n’a jamais empêché le RPG d’accéder au pouvoir et ce, sans qu’il ait jugé nécessaire de présenter la moindre excuse.

Mais notre « bouffon » politique autoproclamé, qui se targue à chaque sortie médiatique d’avoir une mémoire encyclopédique des trois dernières décennies politiques en Guinée, semble curieusement faire l’impasse sur cet épisode. Une omission qui interroge, ou plutôt qui éclaire sa stratégie : celle d’un récit à géométrie variable, calibré pour servir les intérêts du moment.

Il est vrai que la Guinée est traversée par des clivages identitaires et communautaires. Mais les solidarités religieuses et sociales au sein d’une même communauté dépassent largement les affiliations partisanes. Qu’il s’agisse d’accusations portées contre le RPG ou contre l’UFDG, notamment sur les prétendus bannissements à caractère communautaire, elles relèvent davantage du fantasme que d’une véritable analyse sociologique.

Makanéra Kaké dénonce une prétendue culture de l’humiliation et de la violence au sein de l’UFDG. Mais quel parti guinéen, ou même quel parti politique dans le monde, peut prétendre contrôler les propos et comportements de milliers de sympathisants, dont beaucoup ne possèdent même pas de carte d’adhésion ? Cette critique, aussi commode qu’imprécise, ignore les réalités du terrain politique, où les débordements verbaux ou comportementaux ne sont jamais l’apanage d’un seul camp.

 

D’ailleurs, Makanéra Kaké semble maîtriser à la perfection l’art de l’invective politique. Chez lui, la culture de l’humiliation et de la violence verbale ne relève plus de l’artisanat, mais bien d’une production industrielle à en juger par la fréquence et la virulence de ses sorties médiatiques. Un exemple parmi d’autres : « Dieu a fait venir la calamité au niveau de la classe politique en la personne de M. Cellou Dalein Diallo » dixit Makanera Kaké. À ce niveau, difficile de ne pas conclure ce grief par cet adage devenu trivial : l’hôpital qui se moque de la charité.

 

Autre grief soulevé par Makanéra Kaké : il s’indigne que les anciens ministres soient qualifiés de voleurs par les militants de l’UFDG, à l’exception de Cellou Dalein Diallo. Mais en quoi cela serait-il anormal ? C’est là une dynamique classique du jeu politique : on ne s’attend pas à ce que les militants d’un parti fassent le travail de leurs adversaires en interne. Cette accusation relève davantage de la posture que de la logique, et frôle même le ridicule.

 

Plus troublant encore, Makanéra Kaké semble faire l’impasse sur les dérives du pouvoir actuel, qu’il évite soigneusement de commenter. Une indignation sélective qui en dit long.

 

Un débat politique confisqué

En accusant l’UFDG tout en affirmant que l’arrivée de Mamadi Doumbouya au pouvoir relève d’une « mission divine », Makanéra Kaké franchit un seuil préoccupant : celui de la sacralisation du pouvoir militaire. Ce discours mystique, qui présente un coup d’État comme une bénédiction céleste, confisque le débat démocratique et rend toute critique rationnelle du régime suspecte, voire blasphématoire. Il installe une forme d’intouchabilité politique qui menace les fondements mêmes du pluralisme.

Mais ce glissement rhétorique révèle aussi une dérive institutionnelle inquiétante. L’article 41 du projet de nouvelle constitution semble confondre la personne du Président de la République avec une institution, une confusion dangereuse qui ouvre la voie à la personnalisation à outrance du pouvoir et à l’érosion des contre-pouvoirs.

Il est urgent que les intellectuels, les partis politiques et la société civile guinéenne refusent cette confiscation du débat. La Guinée mérite mieux que des sermons moralisateurs déguisés en règlements de comptes. Elle mérite une opposition forte, une société civile libre, et une presse indépendante.

Balayer devant sa propre porte

Comme tout parti politique, l’UFDG doit faire son autocritique. Mais elle ne peut être sommée de se repentir par ceux qui ont eux-mêmes contribué à l’instabilité du pays. Makanéra Kaké devrait commencer par balayer devant sa propre porte : reconnaître son rôle dans les dérives du passé, son silence complice face aux dérives actuelles, et cesser d’instrumentaliser l’opinion publique à des fins personnelles.

Taliby Diané

Adjoint à la communication UFDG France. 

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