Au petit matin du jeudi 31 juillet, les habitants de plusieurs quartiers de Conakry n’ont pas entendu le chant du muezzin ou le klaxon des taxis. C’est le cri des sirènes, celui des pompiers et des voisins en détresse, qui a percé le silence de la nuit noyée. Le bilan est lourd : 17 morts, un disparu. Et cette fois, ce ne sont pas seulement les quartiers dits « à risque » qui ont souffert.
« Deux corps ont été retrouvés hier. Ce qui porte le total à 17 morts. Il reste encore une personne portée disparue », a déclaré Lancei Touré, directeur général de l’ANGUCH, selon nos confrères de africaguinee.com.
L’épicentre du drame ? Kagbelen, Sonfonia, Dabompa, Matoto, Entag, Nongo… Des zones devenues en quelques heures de véritables cuvettes engloutissant des vies, des maisons et des souvenirs.
Ce n’est pas une pluie, c’est une gifle du ciel
Les Guinéens ont l’habitude de la saison des pluies. Mais ce qu’ils ont vécu dans la nuit du 31 juillet n’a rien d’une simple averse tropicale.
« Ce genre d’épisode, c’est ce qu’on appelle une crue éclair. La pluie qui aurait dû tomber en cinq jours s’est déversée en une seule heure. Et ça, c’est typique du changement climatique », explique le Dr René Tato Loua, climatologue reconnu et plutôt habitué à garder son calme.
Mais cette fois, même lui hausse le ton : «Regardez les chiffres. En 2024, de janvier à fin juillet, Conakry a reçu 1624,7 mm de pluie. Cette année ? 1967,4 mm. Et ce n’est pas fini. On va vers l’imprévisible. »
La nature frappe. Mais la ville tend l’autre joue.
À Conakry, les caniveaux sont bouchés, les maisons construites dans les lits de ruissellement, et les permis de construire parfois plus faciles à obtenir qu’un acte de naissance. Le cocktail est connu : urbanisation sauvage, absence de planification, et maintenant, la météo qui joue contre nous.
Chaque année, les morts s’ajoutent au triste tableau, mais rien ne change vraiment. Des familles pleurent, les autorités réagissent, les ONG publient des rapports, puis l’on passe à autre chose. Jusqu’à la prochaine inondation.
Un appel noyé dans les eaux troubles ?
Au siège de l’ANGUCH, les équipes sont à pied d’œuvre. Mais les moyens manquent, et les appels à la prévention restent souvent sans écho.
« Ce n’est pas une fatalité. Il faut repenser l’occupation du sol, dégager les caniveaux, construire avec intelligence. Et surtout, prendre au sérieux les alertes météo. Pas après coup », insiste Dr Loua.
En attendant, Conakry enterre ses morts. Et s’interroge.
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