Lors de sa tournée à l’intérieur du pays, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo, a conduit une importante mission de travail dans la préfecture de Kindia. Une rencontre directe avec les journalistes de la presse publique et privée locale a été organisée la semaine dernière, au cours de laquelle plusieurs sujets cruciaux ont été abordés, a appris Laguinee.info.
Une réforme majeure annoncée : le retour du tribunal des pairs
Dans son adresse, le président de la HAC a d’abord expliqué les changements intervenus au sein de l’organe d’autorégulation des médias, avant de livrer une annonce forte : la mise en place imminente d’un tribunal des pairs, dans le cadre d’un nouvel observatoire d’autorégulation des médias.
« Deuxième recommandation, c’est l’organe d’autorégulation. Il y a une vingtaine d’années, un tel organe avait vu le jour, mais il n’a pas fonctionné longtemps », a-t-il rappelé, avant de préciser :
« Cette fois-ci, un texte consensuel a été rédigé par le syndicat des professionnels de la presse et les patrons de presse. Ce nouvel organe aura pour mission d’instituer un tribunal des pairs. »
Ce tribunal, a-t-il expliqué, réunira des journalistes intègres et expérimentés, désormais hors circuit professionnel actif, chargés de se prononcer sur les violations des principes éthiques et déontologiques par leurs confrères.
« Lorsqu’un journaliste violera les principes d’éthique, de déontologie ou la réglementation en vigueur, ce tribunal se réunira pour statuer et prononcer des sanctions, lesquelles seront publiées dans la presse », a déclaré M. Diallo.
« Une bonne chicotte pour vous »
Face aux journalistes, le président de la HAC n’a pas mâché ses mots. Il a mis en garde ceux qui se réjouiraient à tort de la création d’un tel organe :
« Tant pis pour un journaliste dont les pairs estiment qu’il a mal travaillé. J’ai entendu certains journalistes s’en réjouir, mais sachez que c’est aussi une bonne chicotte pour vous. »
Et d’ajouter avec fermeté :
« Quand un journaliste fait de ce métier une vocation, il redoute le jugement de ses pairs. »
Il a par ailleurs annoncé que la HAC encouragera la décentralisation du tribunal des pairs avec des implantations possibles à Kindia, Labé ou N’Zérékoré.
« Mais n’ayez aucune crainte, ce tribunal n’a pas vocation à envoyer en prison », a-t-il rassuré.
Professionnalisme ou reconversion
Boubacar Yacine Diallo n’a pas hésité à pointer du doigt le manque de rigueur professionnelle dans certaines pratiques journalistiques. Il a ironisé :
« Quand ce tribunal dira que vous êtes un mauvais journaliste, mieux vaut plier bagages et se reconvertir, pourquoi pas, en conducteur de taxi-moto. »
Il a ensuite posé une question fondamentale :
« Pourquoi le journaliste doit-il craindre son métier ? Parce que souvent, certains se réveillent, parlent du gouverneur, disent ce qu’ils savent et ce qu’ils ignorent, rapportent ce qu’une source leur a confié sans même vérifier. Est-ce cela la responsabilité ? »
Un appel à la rigueur et à l’éthique
Sur la responsabilité journalistique, le président de la HAC a rappelé que :
« C’est une lourde responsabilité que vous assumez. On ne parle pas des gens n’importe comment. Un journaliste ne doit pas injurier. Il doit critiquer, dénoncer, mais avec des preuves tangibles. »
Il a insisté sur la vigilance face aux sources d’information :
« Une source peut vous manipuler, être corrompue ou de mauvaise foi. Il ne faut jamais lui accorder une confiance aveugle. Si vous n’êtes pas certain d’une information, reportez sa publication. »
M. Diallo a aussi déploré la quête effrénée du buzz :
« Certains veulent être les premiers à diffuser, quitte à diffuser du faux. Pourtant, en cas de problème, ce n’est pas la source qui sera convoquée, mais vous. »
Zoom sur les émissions interactives
Enfin, il s’est adressé aux animateurs d’émissions interactives, les invitant à plus de discernement :
« Souvent, on entend dire : Ce n’est pas moi qui l’ai dit. Mais imaginons que nous soyons dans une salle sans journalistes pendant quatre heures. Celui qui est à l’extérieur ne saura que ce que vous aurez choisi de diffuser.»
Et de conclure :
« Si vous êtes un bon journaliste, vous diffuserez ce qui est pertinent pour votre public. Mais si vous êtes un mauvais journaliste, vous choisirez ce qui nuit à l’auteur. Et ça, ce n’est pas du journalisme. »
Cette mission de la HAC à Kindia marque un tournant dans la volonté affichée de renforcer l’éthique et l’autorégulation dans le paysage médiatique guinéen. Entre pédagogie et fermeté, Boubacar Yacine Diallo pose les bases d’un journalisme plus responsable.
Laguinee.info







