C’est une voix calme, mais ferme, que celle de Dr Faya Lansana Millimouno. Le président du Bloc Libéral, visiblement inquiet, a lancé un appel solennel au chef de l’État, le Général Mamadi Doumbouya. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, que nous avons consulté, l’ancien candidat à la présidentielle de 2015 révèle recevoir depuis plusieurs mois des menaces de mort directes. Et face à ce qu’il qualifie « d’inaction » de la justice guinéenne, il a décidé d’interpeller directement le chef de la transition.
« Tu es le prochain. » C’est le genre de message que Dr Millimouno dit recevoir régulièrement depuis fin 2024. Des appels anonymes, menaçants, qui résonnent comme un sinistre avertissement dans un contexte marqué par des disparitions forcées, des agressions ciblées et des violences contre des voix critiques du régime en place.
Dans sa lettre adressée au président Doumbouya, Dr Faya dénonce le silence assourdissant de la justice. Depuis février, dit-il, une plainte contre X a été déposée par son avocat auprès de la Cour d’appel de Conakry et du tribunal de première instance de Mafanco. Six mois plus tard, aucune suite, aucun signal. « La justice n’a même pas manifesté la curiosité de savoir qui me menace et pourquoi », déplore-t-il.
Une indifférence qu’il observe également dans les affaires Foniké Mengué, Billo Bah, Marouane Camara, Sadou Nimaga – tous portés disparus ou victimes d’agressions sans suite judiciaire connue. Même les cas récents d’Abdoul Sacko et de Me Mohamed Traoré, laissés pour morts, n’ont donné lieu à aucune déclaration publique de la part des autorités judiciaires.
« Lorsqu’on se tait, on devient complice », dit-il.
Et de poursuivre : « Je ne me rappelle pas avoir entendu le président Mamadi Doumbouya exprimer la moindre inquiétude face à ces faits graves. »
Certains vlogueurs proches du pouvoir n’hésitent plus, selon lui, à proférer ouvertement des menaces : « Dites à Faya qu’il sera le prochain… » Et pourtant, aucun n’a été entendu, aucun convoqué.
Face à ce climat d’impunité, pourquoi ne pas s’en remettre simplement aux institutions ?
Parce que, répond-il, « seul le président a prêté serment ». C’est donc à lui, personnellement, qu’il a décidé d’adresser cet appel. Pas pour obtenir une protection spéciale, mais pour rappeler un devoir fondamental : garantir la sécurité de tous les citoyens.
« Oui, je suis menacé. Ma famille aussi. Mes militants également. Mais ce n’est pas seulement mon problème : c’est celui de tout un peuple. »
Depuis l’envoi de la lettre, aucun retour, ni du président, ni d’un de ses collaborateurs. Les menaces, elles, persistent. Dr Faya dit avoir dû revoir son mode de vie, changer régulièrement de numéro de téléphone, se déplacer avec prudence.
Dans cet entretien accordé à nos confrères , il remercie les militants du Bloc Libéral qui lui témoignent leur solidarité, et prévient les citoyens : « Une injustice quelque part est une menace pour la justice partout. »
En citant le célèbre poème du pasteur allemand Martin Niemöller. « Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit… » – il appelle les Guinéens à ne pas attendre que le pire les atteigne pour réagir.
Pourquoi est-il ciblé ? Parce qu’il parle. Parce que, selon ses mots, « les mots sont parfois plus puissants que les canons ». Et même si le climat devient plus pesant, il refuse de céder à la peur :
« Se taire, c’est comme mourir. »
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