spot_img
spot_img
spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
spot_img

Tribune | Faut-il supprimer le CEE ? Une réforme risquée si elle n’est pas systémique

spot_imgspot_imgspot_img

À LIRE AUSSI

Alors que les regards sont tournés vers les résultats des examens nationaux, une autre annonce, plus discrète mais potentiellement lourde de conséquences, a émergé du conseil de cabinet du ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation, tenu ce lundi 7 juillet 2025. Le ministre Jean Paul Cédy et son équipe ont relancé la réflexion autour de la suppression du Certificat de fin d’Études Élémentaires (CEE). Une orientation qui, si elle se concrétise, pourrait modifier en profondeur la structuration de l’enseignement de base en Guinée.

Mais faut-il vraiment supprimer le CEE ? À quelles conditions ? Et surtout, pour aller vers quoi ? La réforme peut paraître logique à première vue, mais elle comporte des risques sérieux si elle n’est pas accompagnée d’un changement global du système.

Le CEE : plus qu’un examen, un repère éducatif et social

Le Certificat de fin d’Études Élémentaires, institué pour marquer la fin du cycle primaire, joue aujourd’hui un rôle multiple :

Il atteste d’un niveau minimal d’acquis chez l’élève avant son passage au collège ;

Il constitue un point de référence pour les enseignants, les directeurs d’écoles et les familles ;

Il offre une forme de reconnaissance symbolique et sociale, notamment dans les zones rurales où un enfant qui « a son CEE » est perçu comme ayant franchi un cap.

Certes, les critiques ne manquent pas. On reproche au CEE son manque d’alignement sur les compétences réelles, son contenu trop théorique, les pressions qu’il exerce sur les enseignants ou les risques de fraudes. Mais faut-il jeter tout l’édifice pour autant ?

Supprimer, c’est facile. Mais que construit-on derrière ?

Une réforme sérieuse ne commence pas par une suppression. Elle commence par une vision.

Or, à ce stade, aucun mécanisme clair et crédible d’évaluation continue ou alternative n’est proposé.

Qu’adviendra-t-il des élèves dans les écoles publiques surpeuplées ou rurales, là où l’évaluation formative reste très aléatoire ?

Sur quels critères un enseignant affecté dans une zone enclavée décidera-t-il du passage d’un élève en 7e année ?

Sans dispositif rigoureux de contrôle qualité, cette réforme pourrait renforcer les inégalités, notamment entre les écoles urbaines (souvent mieux encadrées) et les écoles rurales (où les inspections sont rares).

Et que dire de l’absence d’un système national d’évaluation standardisé, neutre et accessible à tous ?

On ne peut pas supprimer un thermomètre sans avoir traité la fièvre.”

L’enseignant, grand oublié de la réforme ?

Le CEE, aussi critiqué soit-il, offre jusque-là un cadre de travail : une échéance, des objectifs, un sentiment d’utilité. Le supprimer sans revaloriser le rôle de l’enseignant, sans renforcer ses capacités à évaluer objectivement ses élèves, c’est affaiblir davantage un métier déjà fragile.

Comment fera un enseignant qui gère une classe de 80 élèves avec un seul manuel pour trancher entre un élève prêt pour le collège et un autre qui ne l’est pas ? Et qui viendra vérifier que l’évaluation est juste ?

Sans outils, sans formation, sans confiance, cette réforme risque de se retourner contre ceux qui font tenir l’école au quotidien.

Ce que cache cette réforme : une réforme budgétaire plus que pédagogique ?

Soyons clairs : derrière l’argument pédagogique, il y a aussi une logique de réduction des coûts. Supprimer le CEE, c’est alléger la logistique, réduire les budgets d’impression, de surveillance, de correction, de supervision.

Mais peut-on réduire un débat pédagogique à une logique comptable ?

Supprimer un examen ne fait pas évoluer le niveau des élèves. Cela le rend juste plus difficile à mesurer.

Et cela pose une autre question : l’école guinéenne a-t-elle les moyens d’une évaluation 100% continue et locale ?

En l’état actuel, c’est peu probable.

Que faire alors ? Réformer, oui. Mais dans la cohérence.

Le débat ne doit pas se résumer à « pour ou contre le CEE ». Il doit porter sur ce que nous voulons que l’école primaire soit dans ce pays.

Un lieu de passage ou un lieu d’apprentissage ?

Un espace d’orientation ou un sas vers la relégation silencieuse ?

Un terrain d’égalité ou un facteur d’exclusion ?

Si réforme il doit y avoir, elle doit s’inscrire dans un cadre global :

Un curriculum repensé autour des compétences essentielles ;

Un système national d’évaluation continue équitable et sécurisé ;

Une revalorisation du métier enseignant ;

Des investissements dans l’encadrement pédagogique de proximité.

La suppression du CEE, telle qu’envisagée aujourd’hui, est une réforme risquée si elle n’est pas systémique, inclusive et bien préparée.

Elle ne doit pas être un geste d’affichage ou une opération budgétaire déguisée. Elle doit être le fruit d’une large concertation impliquant les enseignants, les chercheurs, les syndicats, les parents et les collectivités locales.

Autrement, elle ne fera que reproduire un vieux schéma guinéen : changer de forme sans changer de fond.

 » L’école guinéenne a besoin de réformes. Mais pas d’illusions pédagogiques. »

La Rédaction de www.laguinee.info 

- Advertisement -
spot_img
spot_img
spot_img

ECHO DE NOS RÉGIONS