À peine désigné président en exercice de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le président sierra-léonais Julius Maada Bio est interpellé sur la situation des droits humains en Guinée. L’activiste guinéen, Alsény Farinta, membre du Front National pour la Défense de la Constitution,lui a adressé une lettre ouverte dénonçant les enlèvements arbitraires et les disparitions forcées de figures de la société civile.
Des félicitations, puis un appel solennel
Dans sa lettre, datée du 23 juin 2025 et rendue publique à Dakar, l’activiste commence par féliciter Julius Maada Bio pour son élection lors du 67e sommet de la CEDEAO, tenu à Abuja, le 22 juin :
« Suite à votre élection à la présidence en exercice de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) lors du 67e sommet des chefs d’État, tenu ce dimanche 22 juin 2025 à Abuja, je voudrais, au nom de la société civile guinéenne, vous souhaiter une mission fructueuse et pleine de succès au service exclusif des peuples ouest-africains. »
L’activiste exprime également son admiration pour le leadership du président Bio :
« Je tiens à saluer votre engagement et votre leadership qui sauront sans doute inspirer la jeunesse de notre espace communautaire à relever les défis démocratiques et la protection des droits humains pour un avenir meilleur. »
Disparitions forcées : le cas de Foniké Menguè et Billo Bah
Le cœur du message est une dénonciation ferme de la situation en Guinée. L’activiste attire l’attention du président en exercice de la CEDEAO sur les cas d’enlèvements de militants :
« Je saisis cette occasion pour vous interpeller solennellement sur les enlèvements arbitraires et les disparitions forcées des grandes figures de la société civile guinéenne, en l’occurrence Oumar Sylla dit Foniké Menguè, Coordinateur du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), et Mamadou Billo Bah, Responsable de la mobilisation du FNDC et Coordinateur de Tournons La Page Guinée, ainsi que d’autres citoyens épris de paix, de démocratie et de l’État de droit. »
Bientôt un an sans nouvelles des activistes disparus
Selon l’activiste, cela fait bientôt douze mois que les deux hommes ont été enlevés alors qu’ils participaient à une mobilisation pacifique :
« Je tiens également à vous informer que bientôt douze (12) mois se sont écoulés depuis que Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah ont été enlevés par les autorités militaires au pouvoir, alors qu’ils participaient à une campagne pacifique dénonçant la fermeture injustifiée des médias et la cherté de la vie en Guinée. »
Un silence officiel jugé méprisant et inquiétant
L’auteur de la lettre dénonce l’absence totale de communication des autorités sur le sort de ces citoyens, qualifiant ce silence de mépris :
« Au regard du mépris et de l’arrogance qui caractérisent nos autorités sur le sort de ces citoyens, plongeant leurs familles dans une angoisse permanente et insupportable, je vous plaide de bien vouloir mettre votre engagement et votre leadership communautaire pour obtenir la mise en liberté inconditionnelle de nos compatriotes pour la paix et la sécurité durable en Guinée. »
Une méthode de gouvernance pointée du doigt
Au-delà de ces deux cas emblématiques, l’activiste accuse le régime militaire du général Mamadi Doumbouya de faire des disparitions une méthode de gouvernance :
« Ce d’autant plus que le Gouvernement du général Mamadi Doumbouya reste silencieux et qu’aucune enquête n’a été ouverte sur les enlèvements arbitraires et disparitions forcées, devenues une méthode de gouvernance du régime militaire. »
Un appel à l’engagement de la CEDEAO
La lettre se termine sur un appel fort à l’action du président en exercice de la CEDEAO, dans l’espoir de voir la diplomatie sous-régionale jouer un rôle décisif :
« Dans l’espoir de votre coopération entière, veuillez agréer, Excellence Monsieur Julius Maada Bio, l’expression de mes salutations distinguées. Avec toute ma confiance ! »
Une CEDEAO sous pression face à la régression démocratique
Ce message intervient dans un contexte régional où plusieurs pays membres sont dirigés par des juntes militaires. L’interpellation vise à rappeler à la CEDEAO son rôle de garant des principes démocratiques et des droits humains, alors que sa crédibilité est de plus en plus contestée par les sociétés civiles ouest-africaines.
Laguinee.info







