À l’issue du processus de recensement électoral censé s’achever ce 20 juin, le Bloc Libéral (BL) a publié une déclaration alarmante dans laquelle il exprime ses « vives inquiétudes » face aux nombreuses anomalies relevées sur l’ensemble du territoire national et au sein de la diaspora.
Dans sa Déclaration n°92, le parti politique dirigé par Dr Faya Millimouno alerte l’opinion nationale et internationale sur le danger que représente un fichier électoral non fiable pour la paix et la stabilité en Guinée. « La non-fiabilité du fichier compromet déjà la fiabilité de l’ensemble du processus. Et la non-fiabilité du processus électoral est souvent à l’origine des crises postélectorales », prévient le BL.
Un enrôlement jugé inéquitable et opaque
Le Bloc Libéral dénonce un processus marqué par l’opacité, l’exclusion et le déséquilibre. Parmi les irrégularités relevées figurent notamment :
- le manque de dialogue, de transparence et d’inclusion ;
- une répartition inégale des kits d’enrôlement ;
- l’enrôlement de mineurs, parallèlement à l’exclusion de nombreux majeurs ;
- des pannes fréquentes et un matériel insuffisant dans plusieurs localités ;
- la difficulté d’obtenir des documents administratifs requis ;
- l’exigence de présenter un extrait de naissance pour les Guinéens de l’étranger, malgré la détention de passeports ou de cartes d’identité nationales.
La communication officielle autour du processus est également critiquée, jugée confuse et peu claire.
Une répartition des kits largement déséquilibrée
Le Bloc Libéral appuie ses critiques par des exemples chiffrés, illustrant, selon lui, un déséquilibre manifeste dans la distribution des kits d’enrôlement :
Conakry, région la plus peuplée, n’a reçu que 789 kits (15 % du total estimé), contre 1 517 kits (30 %) pour la région de Kankan ;
Les cinq préfectures de Labé reçoivent ensemble autant de kits que la seule préfecture de Siguiri (414) ;
La région de Faranah (quatre préfectures) obtient 439 kits, contre 469 pour la seule préfecture de Kankan ;
Gueckédou, Macenta, N’Zérékoré, Yomou et Lola totalisent 419 kits, soit moins que Kankan ;
La région de Mamou reçoit 247 kits pour trois préfectures, quand Kouroussa, à elle seule, en reçoit 267 ;
À Kissidougou, 225 kits ont été déployés, contre moins de 100 pour Macenta et Gueckédou, pourtant plus peuplées selon les chiffres de 2014.
Un traitement problématique de la diaspora
Le Bloc Libéral juge la situation des Guinéens vivant à l’étranger encore plus préoccupante. À Abidjan, Libreville ou encore en Île-de-France, le recensement est, selon lui, entravé par un nombre insuffisant de kits, des exigences administratives excessives et des limitations arbitraires. En France, le plafond de 100 enrôlements par jour suscite colère et frustration.
« Le passeport ou la carte d’identité nationale devraient suffire à justifier l’éligibilité », soutient le parti, qui considère l’exigence de l’extrait de naissance comme discriminatoire et incohérente.
Appel à l’audit et à la réforme
Face à ce qu’il considère comme une série d’alertes ignorées, le Bloc Libéral réclame des mesures urgentes :
1. Un dialogue national inclusif pour un consensus autour du processus électoral et du référendum annoncé ;
2. Un audit indépendant du recensement en cours afin de corriger les irrégularités ;
3. Une évaluation locale du taux d’enrôlement ;
4. Une prolongation ciblée et équitable de l’enrôlement, selon les besoins par localité.
Une démocratie à reconstruire?
Le parti conclut sa déclaration par un appel à une refondation en profondeur du système électoral guinéen. Pour lui, sans un état civil modernisé, une institution électorale consensuelle et un fichier électoral crédible, aucune élection ne pourra garantir la paix.
« La démocratie guinéenne est à la croisée des chemins », affirme le BL, qui invite l’ensemble des forces vives de la nation à un sursaut collectif.
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