L’ancien Bâtonnier du Barreau de Guinée, Me Mohamed Traoré, est une fois de plus monté au créneau pour livrer une analyse critique sur la création récente de la Direction Générale des Élections (DGE), instituée par décret présidentiel. Dans une tribune, l’avocat revient sur les enjeux profonds de la gestion des scrutins en Guinée, au-delà de la simple réforme institutionnelle.
Alors que la création de cette nouvelle structure est justifiée par l’échec du modèle de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Me Traoré appelle à ne pas confondre étiquette et substance. « Que cet organe s’appelle ‘CENI’ ou autrement, le problème de fond demeure », affirme-t-il, soulignant que l’enjeu majeur reste la capacité de l’institution chargée des élections à faire preuve de neutralité, d’indépendance et d’impartialité, quels que soient son nom ou sa composition.
Il questionne la volonté politique réelle derrière cette réforme, souvent justifiée par des arguments d’autorité selon lesquels l’organisation des élections relève des prérogatives régaliennes de l’État. Pour l’ancien Bâtonnier, cette rhétorique ne doit pas occulter les vraies interrogations : « Pourquoi ailleurs, des structures étatiques peuvent organiser des élections sans susciter de suspicion ? Pourquoi, dans certains pays, des candidats au pouvoir appellent leurs adversaires pour les féliciter après leur défaite ? »
À travers cette réflexion, Me Traoré interpelle la capacité de l’administration guinéenne à faire émerger des profils capables d’exercer le « devoir d’ingratitude » vis-à-vis du pouvoir, en accomplissant une mission aussi cruciale que l’organisation d’élections. Il rappelle que cette exigence est d’autant plus pertinente que, dans bien des cas, la loyauté à l’autorité politique prime sur la neutralité administrative.
Pour étayer ses propos, Me Traoré convoque l’exemple du général sénégalais Lamine Cissé, ancien ministre de l’Intérieur, qui avait organisé en 2000 une élection présidentielle transparente au Sénégal, conduisant à une alternance démocratique historique. « Ce n’est pas tous les pays africains qui peuvent s’enorgueillir d’avoir des hommes de cette trempe », écrit-il.
Dans un contexte où la magistrature guinéenne peine encore à garantir une réelle indépendance malgré les garanties constitutionnelles, Me Traoré s’interroge sur la capacité d’une simple direction rattachée à un ministère à résister aux pressions. Il doute ouvertement de la sincérité du modèle étatique proposé : « Qu’en sera-t-il d’une simple direction placée sous l’autorité d’un ministre nommé par un président ? »
L’avocat s’inscrit également dans une perspective historique, en rappelant que les problèmes de transparence électorale ne datent pas d’hier. Depuis les élections de 1993 et 1995, jusqu’aux communales de 2005 largement entachées de fraudes – comme le relatait Me Togba Zogbélémou dans son ouvrage Élections en Guinée : Technologie électorale et imbroglio juridique – les scrutins guinéens ont rarement été synonymes de confiance populaire.
Me Traoré insiste sur le fait que les élections, loin d’être de simples formalités, sont le fondement de l’exercice démocratique. « Elles doivent être organisées dans des conditions qui en garantissent la sincérité afin qu’elles soient le reflet de la volonté populaire », conclut-il.
Laguinee.info
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