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Destruction de l’environnement : les autorités ont-elles sacrifié les paysans ?

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À Mandiana, l’or brille, mais à quel prix ?Dans la préfecture de Mandiana, au cœur du Wassolon, l’exploitation aurifère s’intensifie à un rythme effréné. Des entreprises étrangères, attirées par les vastes gisements d’or, s’y implantent avec des méthodes d’extraction semi-industrielles. Excavatrices, bulldozers et camions bennes éventrent les terres, laissant derrière eux un paysage désolé.

Mais derrière cette frénésie extractive se cache une réalité plus sombre : des populations locales dépossédées de leurs terres, une nature dévastée et des autorités locales accusées de fermer les yeux – voire de faciliter ces expropriations au profit des multinationales.

Une implantation forcée sous le regard des autorités

Nos investigations sur le terrain révèlent une situation alarmante. Des villages entiers voient leurs terres agricoles réquisitionnées au profit de ces sociétés étrangères. À Konkoye, un village situé dans la zone d’exploitation, Elhadj Sory Diakité, un habitant, témoigne :

« Tout allait bien avant l’arrivée de ces entreprises. Nous vivions de nos champs, nous faisions du petit commerce, nous élevions du bétail. Puis un jour, des étrangers sont venus nous dire qu’ils allaient exploiter l’or ici. Nous avons refusé. Mais ils nous ont répondu qu’ils avaient le soutien du préfet et du sous-préfet, et que nous n’avions pas le choix. Ils se sont installés de force. »

Une fois installées, les entreprises minières ont vite oublié leurs promesses de développement local. Les routes qu’elles construisent ne servent qu’à faciliter le transport du minerai. Les villageois, eux, n’ont ni compensation financière, ni alternative pour survivre.

Destruction environnementale et confiscation des terres agricoles

Sur les sites d’exploitation, le spectacle est désolant : arbres déracinés, cours d’eau pollués, sols éventrés. La déforestation est massive, sans aucun plan de reboisement. Là où se dressaient des champs de maïs, d’arachides et de riz, il ne reste que des cratères béants et des collines de déchets miniers.

Les conséquences sont catastrophiques pour l’agriculture locale. Un autre habitant témoigne :« Avant, nous pouvions cultiver et nourrir nos familles. Aujourd’hui, nous n’avons plus de terres. Ceux qui essayent de protester sont intimidés ou brutalisés par des agents de sécurité envoyés par ces sociétés. »

Les éleveurs ne sont pas épargnés non plus :

« Nous n’avons plus de pâturages pour nos bêtes. Tout est détruit. Si nous voulons déplacer nos troupeaux, on nous chasse. »

Les femmes, premières victimes de cette exploitation sauvage

Dans cette crise, les femmes sont les plus touchées. Autrefois actives dans l’orpaillage traditionnel et l’agriculture, elles se retrouvent aujourd’hui sans ressources. Une habitante de Mandiana exprime son désarroi :

« Avant, nous pouvions récolter un peu d’or pour subvenir à nos besoins. Aujourd’hui, nous n’avons plus accès aux sites. Même nos propres champs nous sont interdits. Nous ne vivons plus que de bouillie. Comment allons-nous survivre ? »

L’exclusion des femmes de l’économie locale aggrave la précarité des familles. Sans revenu, elles ne peuvent plus scolariser leurs enfants ni assurer leur alimentation.

Complicité des autorités locales : silence coupable ou intérêt personnel ?

Face à cette situation, la réaction des autorités locales est inexistante. Les plaintes des villageois restent sans réponse. Pire encore, certaines sources affirment que ces autorités facilitent l’implantation des entreprises minières, en échange de compensations financières.

« Ces sociétés ont des permis d’exploitation signés par les autorités. Mais nous, nous n’avons aucun droit. Si nous protestons, on nous réprime. »

Un avenir incertain pour les paysans de Mandiana

Pendant que l’or coule à flots vers les marchés internationaux, Mandiana s’enfonce dans la misère. L’absence de mesures de conservation des terres, de compensation pour les paysans et de réglementation stricte laisse présager un futur sombre.

Sans intervention de l’État, les agriculteurs et éleveurs risquent de disparaître, remplacés par un paysage stérile, hérité d’une exploitation effrénée. Le président Mamadi Doumbouya est interpellé par les populations locales. Mais prendra-t-il des mesures pour protéger les paysans et stopper l’anarchie minière qui s’installe ?

En attendant, la terre de Mandiana saigne sous les pelles mécaniques, et ses habitants, impuissants, regardent leur avenir s’effondrer.

 

Karifa Kansan Doumbouya, depuis Kankan, pour Laguinee.info

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