C’est officiel : la Constitution guinéenne est « prête ». Du moins, c’est ce qu’a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, lors de sa rencontre avec l’ambassadrice des Pays-Bas en Guinée, Carmen Hagenaars, le 24 février 2025. Une annonce qui, sous des airs de sérénité, pose une question brûlante : cette nouvelle Constitution est-elle taillée sur mesure pour une reconduction de l’actuel régime ?
Un calendrier électoral aux contours flous
« Après, nous allons passer aux élections, particulièrement à l’élection présidentielle et le reste », a déclaré Dr Kouyaté, soulignant que tous les Guinéens, y compris le chef de l’État actuel, seront libres d’y participer. Une précision qui n’est pas anodine.
Depuis le coup d’État de septembre 2021, le Général Mamadi Doumbouya s’était engagé à une transition devant aboutir à un retour à l’ordre constitutionnel. Mais derrière les discours rassurants sur une situation « calme et apaisée », l’opinion publique s’interroge : cette transition est-elle en train de devenir un tremplin pour un maintien au pouvoir ?
Une Constitution sur mesure ?
Le ministre insiste : « Aucun Guinéen ne sera exclu de la participation dans la vie politique. » Mais derrière cette inclusion de façade, le flou demeure sur le contenu exact de cette nouvelle Constitution. Qui garantit qu’elle ne contient pas des dispositions permettant à l’actuel président de briguer un mandat sous une légitimité fraîchement cousue ?
En Guinée, les transitions politiques ont souvent suivi un même schéma : des textes rédigés à la hâte, des promesses d’alternance vite oubliées, et un pouvoir qui s’éternise sous de nouveaux habits démocratiques. Les exemples récents du continent ne manquent pas : des régimes militaires ayant organisé des élections dont ils sont eux-mêmes les grands gagnants.
Vers une élection sans surprise ?
Officiellement, la Guinée se prépare donc à des élections inclusives, et l’ambassade des Pays-Bas semble partager cette vision d’un retour progressif à la démocratie. Mais le peuple guinéen, lui, a appris à se méfier des promesses politiques soigneusement formulées.
Car si la Constitution est déjà « prête », qui l’a écrite ? Pour qui a-t-elle été pensée ? Et surtout, l’élection présidentielle annoncée sera-t-elle une véritable compétition ou un couronnement déguisé ?
Les prochains mois s’annoncent décisifs. Mais une chose est sûre : en Guinée, les discours de transition sont toujours plus séduisants que leur mise en pratique.
IAC, pour Laguinee.info