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T7 à l’heure de pointe : plongée dans l’univers des rabatteurs

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Conakry, 11 décembre 2024. Le soleil déclinant rougit l’horizon, tandis qu’à la T7, le tumulte de l’heure de pointe s’élève dans une cacophonie familière : klaxons impatients, appels des rabatteurs, crissements de pneus. À 18 heures, la ville entre dans une frénésie quotidienne où tout le monde veut une chose : rentrer chez soi.

Dans ce chaos organisé, des silhouettes se démarquent. Ce sont les rabatteurs, ces hommes, souvent jeunes, qui jouent les entremetteurs entre passagers et conducteurs de taxi ou de bus. Une activité précaire et méconnue, où chaque geste compte, chaque billet arraché à la journée est une victoire.

Nous avons croisé l’un d’eux, un jeune homme originaire de Guéckédou. Posté à quelques mètres de la route principale, il interpelle avec énergie un conducteur qui ralentit. Entre deux gestes, il se confie : « Cela fait seulement une semaine que j’ai commencé ce travail. Ce qui me pousse à le faire, c’est le manque de moyens. Sinon, je suis charpentier qualifié. Mais comme je n’ai pas de chantier en ce moment, je préfère venir ici pour chercher un peu d’argent. Parfois, je peux gagner jusqu’à 100 000 GNF par jour, mais ce n’est pas toujours le cas. Mon souhait, c’est de retrouver un emploi dans mon domaine. »

Sa voix trahit une résignation teintée d’espoir. Les relations sociales, qui rythment les opportunités dans la capitale, lui manquent cruellement.

Plus loin, Alpha Oumar, un autre rabatteur, nous raconte son parcours. En le regardant crier pour attirer les passagers vers un taxi surchargé, difficile d’imaginer son histoire tragique:

« J’ai dû arrêter l’école après la mort de mon père. J’étais en 5e année. Ma mère est retournée au village, et je me suis retrouvé à Conakry sans soutien. J’ai essayé de continuer, mais sans moyens, c’était impossible. Ici, certains chauffeurs nous donnent 1 000 ou 2 000 francs, d’autres, rien du tout, même pas un merci. Mais ce travail me permet de subvenir à mes besoins, même si je sais qu’il ne me mènera pas loin. »

Il sourit, un sourire amer, alors que le soleil disparaît derrière les immeubles, laissant place aux lampadaires vacillants.

Des héros invisibles

A la T7, ces jeunes représentent une face cachée de la lutte quotidienne à Conakry. Leurs histoires, bien que personnelles, reflètent les défis d’une jeunesse désœuvrée. Sous le soleil brûlant ou dans la fraîcheur nocturne, ils persistent.

Dans leur monde, les rêves sont suspendus, mais pas éteints. Leur présence sur les ronds-points rappelle une vérité brute : dans une société où les opportunités se raréfient, chaque jour est une bataille pour la dignité.

Mamadou Daïla Diallo, pour Laguinee.info

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