Accès difficile, abandons massifs, manque d’enseignants et de salles de classe, faiblesse des apprentissages : l’ancien ministre de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation, le Pr Bano Barry, a dressé un état des lieux préoccupant du système éducatif guinéen.
Invité de l’émission « Grand Angle » sur la RTG, il estime que les solutions ne sont pas à chercher ailleurs : elles se trouvent déjà dans les données officielles du ministère. « La solution se trouve à l’intérieur des données du ministère. Je demande à tout le monde de lire les annuaires, parce que tout est dedans », a-t-il lancé.
100 enfants entrent au CP1, 10 seulement à l’université
S’appuyant sur l’annuaire statistique 2024-2025, l’ancien ministre décrit une scolarité en entonnoir : « Si 100 enfants guinéens entrent à l’école au CP1, 74 atteignent le CM2, 40 vont atteindre la 10e année et 10 vont atteindre l’université.«
Les failles commencent dès le primaire : un enfant sur deux entre à l’âge normal de 7 ans, 73% des nouveaux inscrits au CP1 n’ont jamais fait de préscolaire, et 168 700 élèves du primaire avaient 13 ans et plus en 2024-2025. Les classes les plus touchées par les abandons sont le CE2 et le CM2. « 33,6% des enfants inscrits au primaire vont quitter le CM2″, précise-t-il.
7 écoles sur 10 incomplètes en milieu rural
L’offre éducative elle-même est incomplète. Sur les 7 818 écoles primaires publiques recensées, seules 28% proposent un cycle complet du CP1 au CM2. En milieu rural, 7 écoles sur 10 sont à cycle incomplet. « C’est pas pour rien qu’on dit le primaire guinéen, on entre, mais on n’achève pas », résume Bano Barry.
À cela s’ajoute un déficit criant en infrastructures et en personnel : 30 823 salles de classe pour 34 813 groupes pédagogiques. Conséquence : 31% des classes du primaire public fonctionnent en multigrade et 10% en double vacation. Le déficit est évalué à 4 960 enseignants et 27 000 salles de classe.
Sur la qualification, le constat est tout aussi sévère : 19,4% des enseignants du primaire public n’ont pas de qualification professionnelle, 25,9% n’ont que le BEPC et 72,4% ont au mieux le niveau Bac 2. Une réalité avec de fortes disparités régionales : « En Haute-Guinée, notamment à Kankan et à Faranah, trois filles sur 10 n’achèvent pas le primaire. »
Français, maths, physique : les matières qui font chuter
Pour Bano Barry, la quantité ne peut être dissociée de la qualité. Il pointe la gestion des manuels scolaires : depuis 2010, des livres resteraient stockés dans les cartons car les parents craignent de devoir les rembourser en cas de perte, l’enfant risquant de ne pas pouvoir se présenter à l’examen.
Sur les apprentissages, il identifie des lacunes précises : au primaire, le français et les mathématiques, notamment l’usage des auxiliaires être et avoir et la division ; au collège, les mathématiques et la physique, avec une moyenne nationale de 9,9 au BEPC même chez les admis.
Du diagnostic à l’ordonnance
L’ancien ministre plaide pour une méthode : partir du diagnostic comme un médecin avant l’ordonnance, actualiser les données – l’annuaire 2026 n’étant pas encore disponible – et hiérarchiser les priorités.
Ses pistes : demander au Bureau de stratégie et de développement (BSD) les statistiques sur dix ans de toutes les écoles à cycle incomplet pour cibler les extensions, et organiser des formations à la carte pour les enseignants à partir de tests diagnostiques. « On ne fait pas des cours de théories tombés du ciel. On règle des problèmes« , insiste-t-il, appelant à créer un climat de confiance pour que les enseignants reconnaissent leurs faiblesses.
« Les solutions, on les connaît. Ce sont les problèmes du pays qu’il faut régler« , conclut-il.
Laguinee.info





