Machines à remplacer, stocks devenus difficiles à écouler, travailleurs privés de revenus et marges en baisse chez les revendeurs : à Sanoyah Km36, l’interdiction de l’eau en sachets plastiques bouleverse toute une chaîne d’activité. Pour les petits producteurs et leurs employés, la reconversion vers l’eau en bouteille exige de nouveaux investissements alors que les vendeurs disent déjà subir les conséquences de la mesure.
Depuis l’interdiction de la fabrication et de la commercialisation de l’eau en sachets plastiques, les petites unités de production sont contraintes de revoir leur mode de fonctionnement. Pour poursuivre leurs activités, certains producteurs se tournent vers l’eau en bouteille, une transition qui nécessite de nouveaux équipements et des investissements supplémentaires.
À Sanoyah Km36, Moussa Bassano Diallo, producteur d’eau en sachets plastiques, affirme avoir déjà engagé cette reconversion: « Nous sommes en préparatifs pour la production d’eau en bouteille. On a construit l’endroit, on a acheté les machines pour pouvoir produire l’eau en bouteilles. Il reste juste l’aménagement de l’endroit. », dit-il.
Mais cette transition représente également des pertes pour son entreprise. Selon lui, des stocks de matières premières achetés avant l’interdiction sont désormais difficiles à écouler: « Nous avons encore des bobines d’eau en sachets plastiques. On a dépensé beaucoup d’argent pour ces plastiques, mais vu l’interdiction, on a perdu tout cet argent parce qu’on ne peut pas revendre. »
Pour ce producteur, la reconversion reste difficile, même s’il reconnaît les raisons environnementales avancées par les autorités: « C’est un peu difficile pour nous cette reconversion, mais comme c’est la décision du Gouvernement et c’est vrai aussi pour lutter contre l’envahissement des sachets plastiques dans nos différents quartiers. »
Des employés privés de leur activité
La situation touche également les travailleurs de ces petites unités de production. Aboubacar Leno affirme travailler dans une usine de fabrication d’eau en sachets depuis plus de quatre ans. Avec l’arrêt de l’activité, il dit se retrouver sans source régulière de revenus: « Je travaille dans cette usine de fabrication d’eau en plastiques depuis plus de 4 ans. C’est ici que je gagne de quoi manger et satisfaire mes besoins. Mais actuellement, on ne travaille pas à cause de cette interdiction de vente des sachets d’eau en plastiques. »
Selon lui, plusieurs travailleurs se retrouvent désormais à la maison, sans activité: « Chacun est à la maison. Nous sommes tellement nombreux, on se débrouillait bien ici, mais maintenant rien ne bouge et c’est difficile pour nous de rester comme ça. Si on ne travaille pas, même avoir de quoi manger est compliqué pour moi. »
Les vendeurs également affectés
Les conséquences de la mesure se ressentent aussi au niveau de la vente. Safiatou Camara, qui affirme revendre de l’eau depuis son enfance, estime que le passage aux bouteilles réduit les possibilités de certains consommateurs et les marges des revendeurs: « Depuis l’interdiction de la fabrication des sachets d’eau en plastiques, c’est devenu une inquiétude pour nous. Tu peux voir quelqu’un, il a 1 000 GNF avec lui, il ne peut pas acheter l’eau à 3 000 GNF. »
Elle explique également que les bénéfices tirés de la vente des bouteilles sont, selon elle, inférieurs à ceux qu’elle réalisait avec les sachets: « On achète le casier d’eau en bouteille à 30 000 GNF et quand on revend, on ne gagne même pas 5 000 GNF comme intérêt. La vente des sachets était tellement rapide et bénéfique pour moi. »
Elle compare cette situation à celle qu’elle connaissait auparavant.
« Si on achetait le paquet en plastique à 5 000 GNF, on pouvait avoir jusqu’à 10 000 GNF comme intérêt, contrairement à la vente des bouteilles d’eau. »
Une reconversion qui bouleverse toute une chaîne
De la production à la vente, l’interdiction des sachets d’eau entraîne donc des changements pour plusieurs acteurs du secteur. Les producteurs doivent investir dans de nouveaux équipements, certains employés se retrouvent temporairement sans activité et les revendeurs disent voir leurs marges diminuer.
Si la mesure vise notamment à réduire la présence des déchets plastiques dans l’environnement, sa mise en œuvre oblige aussi les petits acteurs économiques à revoir leur modèle de fonctionnement.
Pour ces derniers, la question reste désormais celle de leur capacité à s’adapter à cette nouvelle réalité sans perdre leur activité et leurs moyens de subsistance.
Mohamed Nana Soumah, stagiaire pour Laguinee.info





