Il a quitté Guéckédou dans l’urgence, avec ses documents sous le bras et l’espoir de transformer son excellent résultat au baccalauréat en billet pour l’étranger. À Conakry, Amadou Kourouma a suivi les démarches du Service national des bourses d’études extérieures, complété son dossier et même dépensé plus d’un million de francs guinéens pour obtenir son passeport. Mais lorsque la liste des 230 boursiers retenus est tombée, le jeune homme, classé 4e au niveau national avec une moyenne de 16,111, n’y a pas retrouvé son nom.
Admis au baccalauréat session 2026 en Sciences expérimentales, Amadou Kourouma, élève de GS/EMAÜS Bambo, espérait poursuivre ses études à l’étranger. Cette réussite scolaire est toutefois intervenue dans un contexte familial douloureux.
« Quand les résultats étaient sortis, j’étais entre deux tendances, la joie et la tristesse. C’est-à-dire que le lendemain, j’ai perdu ma maman. Elle souffrait d’hépatite et mon père souffrait de la tension », raconte-t-il.
Malgré le décès de sa mère, son père l’encourage à rejoindre Conakry après avoir appris la publication d’une convocation du Service national des bourses d’études extérieures, destinée notamment aux meilleurs bacheliers.
De Guéckédou à Conakry pour la pré-inscription
Alerté par des amis ayant déjà bénéficié de bourses d’études, Amadou Kourouma dit avoir suivi les publications du SNABE.
« Mes amis déjà boursiers les années passées m’ont directement contacté en me disant de me connecter sur la page du SNABE. Je suis resté connecté et j’ai vu un message de convocation venant de leur page », explique-t-il.
La convocation étant prévue une semaine plus tard, il informe son père.
« Quand j’ai vu le message, j’ai essayé de dire à mon papa. Il m’a dit de tout faire pour bouger. J’ai vu le message à partir de 14 heures et, après avoir fini de le voir, le même jour, j’ai pris un taxi de Guéckédou pour Conakry. »
Arrivé dans la capitale, il s’installe à Lansanayah chez un proche de longue date. Il sollicite ensuite d’anciens boursiers pour comprendre les démarches à effectuer.
Le jour de la convocation, alors que la pluie tombe sur Conakry, de nombreux candidats se présentent dans la cour du SNABE.
Selon Amadou Kourouma, les responsables mettent finalement en place un système d’appel à partir d’une liste préalablement établie.
« Ils nous ont dit qu’ils allaient appeler par ordre la liste sortie des boursiers qui devaient se présenter au SNABE pour la pré-inscription. »
Son nom, affirme-t-il, figurait sur cette liste, à la 33e position.
Un dossier complété au SNABE
Le jeune bachelier affirme avoir présenté la plupart des pièces demandées lors de son passage au SNABE.
« Ils m’ont demandé tous mes dossiers que j’avais en main : mon extrait de naissance biométrique, mon certificat de nationalité. Ce que je n’avais pas, c’était mon passeport, mais j’avais tout le reste. J’avais mes relevés de notes du bac, j’avais aussi mes bulletins de notes du premier et du deuxième trimestre du bac blanc. »
Selon son récit, ses résultats scolaires auraient retenu l’attention des agents chargés de son dossier.
« Entre eux, ils m’ont apprécié et étaient très contents de ma note », affirme-t-il.
Ses informations sont ensuite enregistrées sur ordinateur et son inscription effectuée sur la plateforme du SNABE. Une fiche lui est remise pour compléter son dossier.
« Ils m’ont donné une fiche pour aller chercher les documents qu’il fallait fournir pour le complément du dossier. Dans ça, il y avait le passeport. C’était la seule pièce que je n’avais pas. »
Plus d’un million de francs pour le passeport
Pour compléter son dossier, Amadou Kourouma engage rapidement les démarches pour obtenir son passeport.
Après un premier déplacement, il retourne le lendemain effectuer les formalités.
« Après la prière de l’aube, j’ai pris la tangente parce qu’il y avait trop d’embouteillage. Je suis sorti pour aller attendre l’ouverture de la porte. Le SNABE ouvre la porte à 9 heures et moi, je suis arrivé là-bas à 7 heures. »
Il affirme avoir déboursé 1 050 000 francs guinéens pour cette démarche.
« Le passeport que j’ai engagé, c’est 1 million 50 mille francs comme frais de dépense et il a une validité de dix ans. »
Cinq jours plus tard, après avoir récupéré le document, il retourne au SNABE pour compléter son dossier.
Une photocopie lisible du passeport lui est demandée. Selon son récit, celle-ci est réalisée sur place avant d’être jointe aux autres documents.
« Ils ont procédé à la photocopie en même temps. Ils ont déposé la photocopie lisible de mon passeport sur le reste de mes dossiers en me disant : “Bonne chance”. J’ai dit merci et je suis rentré à la maison. »
À ce stade, Amadou Kourouma dit avoir le sentiment d’avoir accompli les démarches qui lui étaient demandées.
Puis vient la liste des 230 boursiers
Commence alors une nouvelle attente. Le jeune homme affirme surveiller régulièrement les publications du SNABE afin de ne manquer aucune information.
« Tout le temps maintenant, je suis abonné à la page pour ne pas rater une information venant du SNABE, parce qu’ils passent des informations à partir de 00 heure, 1 heure, parfois à 2 heures », explique-t-il.
Quelques jours plus tard, une publication du directeur général du SNABE annonce la présence à Conakry d’une délégation du ministère chargé de l’Enseignement supérieur et une réunion consacrée aux boursiers devant poursuivre leurs études à l’étranger.
Amadou Kourouma dit alors attendre la publication de la liste définitive.
« Je suis resté focus sur la page, mais je n’ai vu aucune explication qui pourrait me faire recaler parmi les lauréats qui vont poursuivre leurs études à l’étranger. »
Puis la liste de 230 boursiers retenus est publiée.
« Soudain, j’ai vu la liste générale des boursiers retenus comme étudiants à l’étranger. J’ai fouillé toutes les listes envoyées. Au nombre de 230 boursiers retenus, je n’ai pas retrouvé mon nom. »
Cette absence le plonge dans l’incompréhension.
« Je me suis posé beaucoup de questions. Je me suis dit : attention, mais quel critère me manquait pour que mon nom soit recalé parmi les retenus ? Je ne comprends pas. »
« Je suis profondément touché »
Après avoir constaté son absence de la liste, le jeune bachelier appelle son oncle, qui l’aide notamment à faire face à certaines dépenses.
Mais au-delà de la déception liée à la bourse, il dit traverser des difficultés à Conakry.
« Je vis dans une situation critique sur le plan alimentaire et de logement. Franchement, ça ne va pas du tout. Et sur le plan familial, rien ne marche. »
Pour lui, les études constituent le principal projet de sa vie.
« Je ne mène aucune autre activité à part les études et tous mes objectifs sont basés sur les études. Donc, si je me vois recalé sur la liste après mes efforts et la chance qui m’a souri, ça va me conduire à me poser beaucoup de questions. »
Le SNABE évoque d’autres possibilités
Face à cette situation, Amadou Kourouma et son oncle se rendent au SNABE pour demander des explications.
Selon le récit du jeune bachelier, le Directeur général du service lui aurait expliqué que la liste publiée correspondait aux candidats retenus dans le cadre de cette sélection et que d’autres opportunités pourraient encore se présenter.
« Le Directeur du SNABE nous a dit que c’était la liste des retenus qui était sortie comme ça, qu’il fallait attendre ici et qu’il y aurait peut-être d’autres pays qui viendraient, la Malaisie ou bien l’Algérie. Il a dit que la Tunisie était passée et que, quand ces pays viendraient, j’aurais plus de chance d’être retenu par ces pays. »
Toujours selon Amadou Kourouma, son résultat au baccalauréat aurait été présenté comme un élément favorable pour de futures sélections.
« Il a dit que la note que j’ai eue méritait d’être retenue parmi les boursiers qui iraient dans d’autres pays. »
Une réponse qui ne dissipe pas son interrogation.
« J’ai dit : si ma note mérite d’être retenue parmi les boursiers, alors pourquoi pas dans ce lot-là ? »
Il affirme également avoir cherché à savoir si les éventuelles prochaines sélections relevaient du même processus.
Selon son récit, il lui aurait été répondu que les futurs pays partenaires viendraient ultérieurement, notamment au moment des cours.
En attendant, le jeune bachelier affirme avoir été invité à s’orienter vers l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry et à choisir une filière.
« Ils m’ont dit que le mieux, c’était de m’orienter à l’Université Gamal, de choisir la filière que je veux jusqu’à ce que ces pays viennent. »
Cette perspective ne le rassure pas.
« Ça fait très, très mal vu ma situation difficile. J’ai répondu que j’étais vraiment touché. »
Une rencontre avec le président comme objectif
Après ces démarches, Amadou Kourouma décide de solliciter les médias pour faire connaître sa situation.
Il affirme notamment s’être rendu à Radio Évasion pour présenter son parcours et montrer ses documents.
« C’est pourquoi j’ai décidé de me rendre dans les radios pour pouvoir trouver une solution. »
Mais le jeune homme dit surtout vouloir être reçu par le président de la République afin de lui exposer directement son cas.
« Mon seul rêve, c’est de poursuivre mes études. Je veux une rencontre avec le président. »
Il souhaite lui présenter son parcours scolaire, son classement national et les difficultés auxquelles il est confronté.
« Ma philosophie a toujours été de me voir avec lui. N’importe quelle radio qui me demandera, je vais toujours dire les mêmes mots : je veux une rencontre avec le président. Je vais lui expliquer ma situation et lui dire que je n’aime aucun autre métier si ce n’est les études. »
Son ambition, affirme-t-il, reste de poursuivre sa formation avant de revenir servir son pays.
« J’ai eu l’opportunité de poursuivre mes études à l’étranger pour revenir servir mon pays, mais là, je me retrouve dans une situation vraiment insolite. »
Une situation toujours sans issue définitive
À ce jour, Amadou Kourouma dit rester dans l’attente d’une nouvelle opportunité de bourse à l’étranger. Son nom ne figurant pas, selon lui, parmi les 230 bénéficiaires de la première liste, il cherche toujours à comprendre les raisons de cette absence et les possibilités qui pourraient lui être offertes dans le cadre de futures sélections.
Son parcours, marqué par un classement national de 4e au baccalauréat 2026 avec 16,111 de moyenne, contraste ainsi avec l’incertitude dans laquelle il dit se trouver aujourd’hui.
En attendant une éventuelle nouvelle sélection, le jeune bachelier poursuit ses démarches auprès des autorités et des médias, avec un objectif qu’il répète : continuer ses études et, à terme, revenir mettre sa formation au service de la Guinée.
Mohamed Nana Soumah, stagiaires pour Laguinee.info





