Un écran trop coûteux à remplacer, une pièce devenue introuvable ou des pannes à répétition peuvent finir par condamner un téléphone. À Conakry, certains de ces appareils quittent alors les mains de leurs propriétaires pour rejoindre les ateliers de réparation. Mais leur histoire ne s’arrête pas forcément là. Certains sont démontés, leurs pièces récupérées et réutilisées sur d’autres appareils. D’autres finissent avec les déchets ordinaires.

Quand réparer coûte plus cher que remplacer
Pour certains propriétaires, une nouvelle panne suffit à mettre fin à l’histoire du téléphone. Sidy Sall, réparateur à Matoto depuis trois ans, explique que le coût de la réparation figure parmi les principales raisons qui poussent certains clients à abandonner leur appareil.
« Ça peut être le prix de la réparation qui est trop élevé », explique-t-il.
Il cite notamment le remplacement d’un écran, dont le coût peut parfois approcher celui d’un nouveau téléphone.
La lenteur de l’appareil, certains problèmes de connexion, l’absence de pièces disponibles ou encore les réparations répétées peuvent également conduire certains propriétaires à renoncer. Après plusieurs interventions, certains préfèrent ne plus engager de nouvelles dépenses.
Un téléphone irréparable peut encore servir
Déclaré hors d’usage par son propriétaire, un téléphone peut pourtant intéresser un réparateur.

À la Cimenterie, Jacob Feindouno exerce ce métier depuis deux ans. Dans son atelier, les appareils qui ne peuvent plus être réparés ne sont pas systématiquement jetés. Certains sont démontés pour récupérer les éléments encore fonctionnels.
« Il y a beaucoup de pièces qui sont bonnes dans les téléphones », souligne-t-il, en citant notamment les boutons, les batteries et parfois les écrans.
Ces composants peuvent être conservés pour une utilisation ultérieure. Certains clients demandent au réparateur de les garder. D’autres les lui donnent ou les revendent.
Des pièces qui passent d’un atelier à l’autre
Une pièce récupérée sur un ancien téléphone peut également poursuivre son parcours dans un autre atelier.
Jacob Feindouno explique que les réparateurs peuvent échanger certains composants lorsqu’ils disposent de pièces compatibles. Un élément récupéré sur un appareil hors d’usage peut ainsi être utilisé pour réparer un autre téléphone.
Avant de réutiliser une pièce, les réparateurs vérifient son état. Sidy Sall explique qu’ils peuvent effectuer un contrôle visuel ou tester le composant sur un autre téléphone du même modèle lorsqu’ils en disposent.
Ainsi, même lorsque le téléphone d’origine ne peut plus être remis en état, certaines de ses pièces peuvent encore être utilisées.
Une récupération encore méconnue des clients
Cette possibilité reste cependant peu connue de certains propriétaires.
Selon Sidy Sall, environ 80 % de ses clients ignorent que certaines parties d’un téléphone hors d’usage peuvent encore être récupérées.

Il cite notamment les écrans, les batteries, les caméras, les haut-parleurs, les coques et certaines cartes électroniques lorsqu’ils sont encore fonctionnels.
Certains clients repartent donc avec leur ancien appareil. D’autres acceptent de le laisser au réparateur lorsqu’ils comprennent que des pièces peuvent encore être utilisées.
Quand il ne reste plus rien à récupérer
Le parcours devient plus incertain lorsque les composants ne peuvent plus être réutilisés.
Chez Jacob Feindouno, les éléments inutilisables sont conservés dans un carton. Lorsqu’il est plein, ils peuvent être revendus à des personnes qui viennent les récupérer.
Chez Sidy Sall, une partie de ces déchets finit en revanche dans les ordures.
« Actuellement, on jette », explique-t-il.
Selon son témoignage, les composants inutilisables sont d’abord stockés dans des cartons derrière la boutique avant d’être mélangés aux autres déchets, faute de lieu où les déposer.
Le réparateur dit avoir déjà retrouvé dans les poubelles des coques, des composants endommagés et des batteries gonflées. Il considère ces dernières comme particulièrement préoccupantes en raison du risque d’incendie qu’elles peuvent représenter.
Les réparateurs imaginent un système de récupération
Pour éviter que ces composants ne rejoignent les ordures ordinaires, Sidy Sall propose la mise en place d’un système de récupération dans les ateliers.
Selon lui, les réparateurs pourraient recevoir une petite compensation pour conserver les anciennes pièces. Une personne pourrait ensuite passer régulièrement récupérer ces composants.
Il estime également qu’une réduction sur les réparations pourrait encourager les clients à rapporter leurs anciens téléphones. Il évoque une remise comprise entre 10 et 20 % comme piste possible.
De l’atelier à la poubelle, plusieurs destins
Un téléphone déclaré irréparable n’est donc pas nécessairement bon pour la poubelle. Dans les ateliers visités, certains appareils sont démontés et leurs pièces testées avant d’être réutilisées, échangées ou revendues.
Une partie des composants peut ainsi poursuivre sa vie sur d’autres téléphones. Mais lorsque les pièces sont endommagées ou inutilisables, leur destination devient plus incertaine.
À Conakry, les témoignages recueillis montrent ainsi plusieurs parcours possibles pour un téléphone en fin de vie : récupération, réutilisation, revente ou abandon avec les déchets ordinaires.
Fatoumata Bah, stagiaire pour Laguinee.info





