spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Faranah : diplômés hier, conducteurs de moto-taxi aujourd’hui, le déclassement d’une jeunesse

spot_imgspot_imgspot_img

À LIRE AUSSI

À Faranah, le diplôme universitaire ne garantit pas toujours l’accès à un emploi. Pour certains jeunes, plusieurs années d’études débouchent aujourd’hui sur le guidon d’une moto-taxi. Chaque jour, ils sillonnent les rues de la ville pour gagner leur vie, alors qu’ils espéraient exercer un métier en lien avec leur formation. Entre ambitions contrariées, responsabilités familiales et nécessité de gagner un revenu, ces parcours illustrent une forme de déclassement social chez une partie de la jeunesse diplômée.

Sur les boulevards de Faranah, les motos-taxis se succèdent. Parmi leurs conducteurs, certains sont pourtant passés par l’université. Leur quotidien contraste avec les projets qu’ils nourrissaient au moment de commencer leurs études.

Demba Oularé, diplômé en histoire des relations internationales, considère cette situation comme la conséquence directe du manque d’emploi.

« Le fait que les jeunes se soient tournés vers la moto-taxi, surtout de façon si récurrente, c’est parce qu’il n’y a pas d’emploi », explique-t-il.

Pour lui, le problème ne réside pas dans le fait de travailler comme conducteur de moto-taxi, mais dans le décalage entre les années consacrées aux études et l’activité exercée faute d’alternative.

« Sinon, un jeune qui a passé la moitié de sa vie sur les bancs de l’école et qui était motivé à réaliser toutes ses ambitions, lorsqu’il se retrouve sans emploi, il est obligé de faire quelque chose qui lui permet de survivre pour y parvenir », poursuit-il.

Cette réalité peut aussi peser sur les perspectives des jeunes diplômés.

« Ça n’encourage personne de passer 20 ans à étudier pour se retrouver sur une moto », ajoute Demba Oularé.

Le diplôme face aux exigences du quotidien

Le parcours de Mohamed Condé traduit ce décalage. Diplômé en lettres modernes depuis cinq ans, il n’a pas trouvé d’emploi stable correspondant à sa formation. Il exerce désormais comme conducteur de moto-taxi.

Pour lui, ce changement de trajectoire répond avant tout à une nécessité.

« Pour moi, c’est une nécessité pour subvenir à mes besoins », confie-t-il.

Son revenu sert également à soutenir sa famille.

« Dans beaucoup de cas, je ne travaille pas seulement pour moi, mais aussi pour soutenir ma famille financièrement. Les opportunités de travail sont limitées. Il faut donc prendre ce qu’on a sous la main et faire face aux exigences de la vie », explique Mohamed Condé.

Son parcours montre ainsi comment les responsabilités du quotidien peuvent prendre le dessus sur les projets professionnels construits pendant les années d’études.

« La vie coûte cher et rester sans activité n’est pas possible : il faut agir pour survivre », insiste-t-il.

Des ambitions mises entre parenthèses

Pour ces jeunes diplômés, conduire une moto-taxi n’efface pas les années d’études ni les ambitions professionnelles. Mais l’absence d’emploi les conduit à exercer une activité éloignée de leur formation.

Le contraste est visible : des diplômés en histoire des relations internationales ou en lettres modernes prennent chaque matin le guidon pour assurer leurs dépenses quotidiennes. Le diplôme, censé ouvrir la voie à une insertion professionnelle, ne produit pas toujours cet effet.

À Faranah, leurs parcours racontent ainsi le déclassement d’une partie de la jeunesse diplômée : des années d’études, des projets professionnels et, au bout du compte, une activité choisie d’abord pour pouvoir vivre.

Derrière chaque course, il y a donc moins l’abandon d’une ambition que sa mise entre parenthèses. Pour ces jeunes, le guidon est devenu un moyen de tenir face aux exigences du quotidien, en attendant peut-être de retrouver une activité à la hauteur de leur formation.

Yarie Camara, stagiaire pour Laguinee.info 

- Advertisement -
spot_img
spot_img
spot_img

ECHO DE NOS RÉGIONS