À Conakry, vivre avec l’albinisme impose certaines précautions face au soleil et expose parfois aux préjugés. Journaliste et commentateur sportif, Alhassane Cheick Soumah raconte comment il a appris à composer avec ces réalités sans renoncer à ses ambitions.

Pour Alhassane Cheick Soumah, l’albinisme ne définit pas toute son identité. Journaliste et commentateur de matchs de football, il se présente d’abord comme un professionnel qui exerce son métier et poursuit ses ambitions. Pourtant, à Conakry, le soleil et le regard des autres font partie des réalités auxquelles il doit régulièrement faire face.
Le soleil, une contrainte au quotidien
L’exposition au soleil constitue l’une des principales difficultés auxquelles il est confronté. Pour se protéger des rayons ultraviolets, il explique privilégier certaines précautions : éviter de sortir lorsque le soleil est très ardent, porter des vêtements qui couvrent le corps, une casquette et, lorsque cela est possible, des vêtements en coton.
Mais ces précautions ne sont pas toujours faciles à appliquer, notamment lorsqu’une activité professionnelle ou une passion impose de rester longtemps à l’extérieur.
C’est notamment ce qui a influencé son parcours dans le football. Dès l’âge de 14 ans, il avait commencé à entraîner des équipes dans sa ville d’origine, Fria. Il nourrissait l’ambition de poursuivre cette activité après son arrivée à Conakry.

Mais les conditions des terrains ont fini par compliquer ce projet. Certains stades proches de son lieu de résidence ne disposent pas de tribunes permettant de se mettre à l’abri du soleil.
« Ce rêve s’est brisé en moi, parce que je ne pouvais pas tenir chaque jour sous le soleil », explique-t-il.
Il a finalement dû abandonner cette ambition, alors même qu’il affirme avoir continué à s’intéresser au football et à commenter des matchs.
Des crèmes solaires pas toujours accessibles
La protection passe également par les crèmes solaires. Mais leur accès reste compliqué pour lui. Alhassane Cheick Soumah explique qu’il en utilise principalement lorsqu’elles sont distribuées dans le cadre de dons à l’association UBIAG, l’Union pour le bien des personnes atteintes d’albinisme.
« L’accessibilité aux produits n’est pas forcément facile pour tout le monde », souligne-t-il.
Il précise ne jamais avoir acheté lui-même ces produits et ne peut donc pas en donner le prix. Cette situation illustre une autre difficulté : disposer régulièrement de produits de protection peut dépendre des possibilités financières ou des dons disponibles.
Être vu comme une personne avant d’être vu comme albinos
Au-delà du soleil, le regard des autres constitue une autre réalité de son quotidien. À Conakry, il estime cependant que les mentalités sont davantage éveillées qu’à l’intérieur du pays où il a grandi.
Mais les préjugés n’ont pas complètement disparu
Il se souvient notamment d’une recherche d’emploi dans une école privée. Accompagné d’un ami, il s’était rendu dans un établissement après avoir appris qu’un professeur de géographie était recherché. À leur arrivée, le directeur lui aurait indiqué qu’un autre enseignant venait finalement de quitter l’établissement.
Sans pouvoir l’affirmer, Alhassane Cheick Soumah s’est interrogé sur la possibilité que son albinisme ait influencé cette réaction.
Il raconte également avoir été confronté à des remarques similaires dans son parcours professionnel. Lorsqu’il a été retenu parmi les lauréats d’un concours organisé dans le secteur des médias en 2023, certaines personnes ont attribué sa réussite au fait qu’il était albinos.
Pour lui, ces réactions montrent que les préjugés peuvent parfois prendre le dessus sur les compétences et le travail fourni.
Une famille et des proches qui ont contribué à sa confiance
Pourtant, son parcours n’est pas seulement marqué par les difficultés. Sa famille a joué un rôle important dans la construction de sa confiance en lui.
Il explique avoir grandi sans être constamment considéré comme une personne différente. Son défunt père, notamment, le traitait comme les autres enfants, avec les mêmes règles et les mêmes exigences.
Cette éducation lui a permis de développer une perception positive de lui-même.
« Pour moi, je ne suis pas différent. Je sais que j’ai des lacunes, mais je sais aussi que j’ai des avantages », affirme-t-il.
Ses relations avec ses amis et ses collègues ont également contribué à son parcours. En classe, certains camarades l’aidaient notamment lorsqu’il ne pouvait pas lire ce qui était écrit au tableau en raison de son déficit visuel.
Dans le milieu professionnel, il reconnaît que certaines personnes peuvent être hésitantes lorsqu’elles ne sont pas habituées à côtoyer une personne albinos. Mais avec le temps, dit-il, ses collègues se sont habitués à lui.
Ne pas réduire une personne à son albinisme
Aujourd’hui, Alhassane Cheick Soumah continue son activité de journaliste et de commentateur sportif. Son parcours montre que l’albinisme peut entraîner des contraintes concrètes, notamment face au soleil et aux problèmes de vision, mais qu’il ne résume pas une personne ni ses capacités.
Il souhaite surtout que les préjugés soient combattus par une meilleure connaissance de l’albinisme et par une considération fondée sur les compétences et la personnalité.
Pour lui, avant de juger une personne sur son apparence, il faut d’abord apprendre à la connaître.
Son parcours à Conakry est ainsi celui d’un homme qui compose avec les contraintes liées à l’albinisme, mais qui refuse d’être défini uniquement par sa différence. Entre protection contre le soleil, expérience professionnelle et regard des autres, il poursuit son chemin avec une conviction : être albinos ne doit pas empêcher une personne de trouver sa place dans la société.
Fatoumata Bah, stagiaire pour Laguinee.info





