Il est 2 heures du matin à Sonfonia Gare. Quand la ville dort, elles, elles prennent le chemin du marché. Sur la tête, des bassines remplies de feuilles de manioc, de patate douce, de gombo. À la main, une torche et un pagne pour s’asseoir à même le sol.
Elles sont des dizaines. Des femmes, pour la plupart mères de famille, à rejoindre le grand marché de Sonfonia Gare en pleine nuit. Pas pour vendre à cette heure. Mais pour espérer avoir une place au lever du jour.
Dans ce marché saturé, chaque mètre carré se négocie. Arriver à 5 heures du matin, c’est déjà trop tard.
« Nous avons des problèmes de place au marché de Sonfonia Gare. Presque chaque jour, on nous chasse », lâche Lucie Théa, la voix basse, le visage fatigué par une nuit blanche. Elle vend des feuilles depuis plus de dix ans. Elle connaît chaque recoin du marché, chaque descente des agents.
Car la nuit ne protège pas. Elle expose.
« Aux environs de 4 heures à 6 heures, les corps habillés viennent prendre nos marchandises et les jeter à la poubelle », accuse-t-elle.
Un geste qui, pour ces femmes, va au-delà d’une simple opération de déguerpissement. Derrière chaque tas de feuilles piétiné, il y a un loyer à payer, un sac de riz à acheter, des frais de scolarité à réunir.
« Sans savoir que c’est ici que nous gagnons notre pain », souffle Lucie Théa.
Pourtant, elles reviennent. Chaque nuit.
Au fil des heures, le marché se réveille lentement. Vers 5h30, les premières lampes s’allument. Les femmes trient, lavent, attachent en petits bouquets ce qu’elles ont pu sauver. Les premiers clients arrivent, des revendeuses venues s’approvisionner avant de rejoindre les quartiers.
C’est toute une économie de survie qui s’anime avant que Conakry ne s’éveille.
Entre deux ventes, elles somnolent quelques minutes, la tête posée sur leur étal. Puis elles replongent. Il faut vendre vite, avant la prochaine rafle, avant que le soleil ne flétrisse les feuilles.
Ce ne sont pas des commerçantes qui cherchent à s’enrichir. Ce sont des mères qui cherchent à tenir.
Et chaque nuit passée à même le sol de Sonfonia Gare est le prix à payer pour rentrer le soir avec de quoi nourrir leurs enfants.
Mamadou Alimou Barry, stagiaire pour Laguinee.info





