Le procureur spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire portant sur la gestion de fonds destinés à l’amélioration des services d’eau et à l’aide humanitaire dans plusieurs régions de la Guinée, selon une réquisition datée du 20 juillet 2026.
Des faits multiples visés
Dans ce document adressé aux directeurs centraux de l’Office de Répression des Délits Économiques et Financiers (ORDEF), de la Police Judiciaire ainsi qu’au Secrétaire à la Présidence chargé des services spéciaux et de la lutte contre le crime organisé, le parquet spécial explique avoir été saisi de la manière suivante :
« Il a été porté à la connaissance de notre parquet par voie de dénonciation les faits présumés de détournement de deniers publics, enrichissement illicite, blanchiment des capitaux, corruption d’agents publics, faux et usage de faux en écritures publiques et privées et complicité autour de la gestion du projet d’Amélioration des Services d’Eau dans les quatre (04) régions naturelles de la Guinée. »
Le montant en cause s’élève à 22 105 990 euros et 45 000 000 de dollars américains. Ces fonds proviennent du Projet d’Approvisionnement en Eau Potable et d’Assainissement en milieu rural dans les régions de la Moyenne et de la Haute Guinée, confié au Service National d’Aménagement des Points d’Eaux (SNAPE), structure nationale chargée de l’accès à l’eau potable en milieu rural et semi-urbain, conformément au décret D/2022/0123/PRG/SGG du 24 février 2022.
Des fonds humanitaires post-inondations dans le viseur
Le communiqué précise que le Fonds Central de Réponse d’Urgence (CERF) des Nations Unies avait également mobilisé des ressources pour la Guinée :
« Le Fonds Central de Réponse d’Urgence (CERF) des Nations Unies avait aussi alloué à la Guinée, en décembre 2024, un financement de 2,5 millions de dollars pour venir en aide aux communautés les plus touchées par les inondations en République de Guinée. »
Ce financement devait transiter par l’Agence Nationale de Gestion des Urgences et Catastrophes Humanitaires (ANGUCH), en collaboration avec les agences du Système des Nations Unies, les structures étatiques, la société civile et les partenaires humanitaires, avec l’appui du Bureau de la Coordonnatrice résidente des Nations Unies en Guinée.
Trois projets prioritaires étaient engagés à cet effet :
• Santé et assistance médicale (OMS) : 474 791 dollars pour renforcer les infrastructures sanitaires à Kankan, Mandiana, Kouroussa et Guéckédou, au bénéfice d’environ 60 427 personnes, « dont des femmes enceintes et allaitantes ».
• Assistance alimentaire (PAM) : le Programme alimentaire mondial devait fournir, selon le texte, « une assistance alimentaire d’urgence par l’approche de transfert monétaire pour les ménages les plus touchés par les inondations » à Mandiana et Guéckédou, avec un budget de 1 325 000 dollars pour 60 427 bénéficiaires.
• Eau, hygiène, assainissement et éducation (UNICEF) : un financement de 700 015 dollars, censé « servir à la restauration de l’accès à l’eau potable et la réhabilitation des latrines », notamment dans 22 écoles primaires de Kankan et Nzérékoré touchées par les inondations, pour 45 000 bénéficiaires, dont 12 000 élèves.
Le périmètre de l’enquête
Le parquet spécial indique que les investigations viseront en priorité les deux structures gestionnaires des fonds :
« Cette enquête préliminaire sera axée sur la gestion des fonds précités au niveau du Service National d’Aménagement des Points d’Eaux (SNAPE) et de l’Agence Nationale de Gestion des Urgences et Catastrophes Humanitaires (ANGUCH). »
Elle sera conduite par un pool de substituts du procureur spécial : Ousmane Sano, Biwon Millimono et Pierre Segbé Kamano, conformément à l’article 11 du Code de procédure pénale, avec l’appui d’une formation mixte d’officiers de police judiciaire coordonnée par l’ORDEF.
Laguinee.info





