Au lendemain de la proclamation des résultats définitifs des élections législatives et communales du 31 mai 2026, la nation s’éveille dans une atmosphère où les chiffres officiels, froids et immuables, ne suffisent plus à apaiser les esprits ni à clore les interrogations.
Dans une tribune d’une tonalité solennelle, le président d’honneur du Bloc Libéral, Dr Faya Lansana Millimouno, élève la voix au-dessus du tumulte des proclamations pour peindre, dans une langue empreinte de gravité, le tableau d’un pays qu’il estime traversé par de profondes fractures. Il y évoque, avec une emphase appuyée, l’effacement progressif des libertés, l’altération du sens de la justice, l’inquiétude qui pèse sur la sécurité des citoyens, ainsi que les déséquilibres dans la gestion des richesses nationales.
Le texte se déploie comme une vaste plainte politique, où se mêlent dénonciation et appel à la conscience collective, dans une quête de sens et de redressement. Au fil des lignes, se dessine l’idée d’une société placée face à ses propres contradictions, appelée à se regarder sans détour et à interroger la direction qu’elle emprunte.
Ainsi se dessine, sous la plume de l’opposant, une interpellation générale : celle d’un peuple confronté à ses choix, à ses renoncements, et à l’exigence, toujours recommencée, de se réinventer dans l’épreuve de son histoire. Bonne lecture !
Il est des périodes dans l’histoire des peuples où les mots ordinaires deviennent trop faibles pour décrire l’ampleur du désastre. Il est des moments où les calendriers continuent d’avancer, mais où la vie des hommes et des femmes semble brutalement reculer de plusieurs décennies. C’est ce que vit aujourd’hui le peuple de Guinée.
En l’espace de cinq années seulement, des rêves nourris pendant plusieurs générations ont été trahis les uns après les autres.
La liberté (individuelle et collective), au nom de laquelle tant de sacrifices avaient été consentis, tant d’espérances avaient été bâties, a discrètement quitté le pays. Elle n’habite plus les consciences. Elle ne se manifeste plus dans les paroles. Elle est devenue une étrangère dans sa propre maison.
La justice, qui était déjà imparfaite et souvent réservée aux privilégiés, a cessé d’appartenir à la communauté nationale. Elle est devenue une propriété privée, un instrument au service du plus fort. Désormais, le droit n’est plus ce qui protège le faible, mais ce qui consacre la victoire du puissant.
La sécurité a laissé place à l’angoisse permanente. Les enlèvements, les disparitions forcées, les tortures et les violences diverses ont remplacé la sérénité que tout citoyen est en droit d’attendre de son pays. La peur est devenue un mode de gouvernement invisible. Pour éviter d’acquérir, contre sa volonté, les nouveaux droits « bien refondés de disparaitre », pour éviter d’être responsable de sa « propre disparition », chacun apprend à se taire, à regarder ailleurs et à vivre dans l’attente de ne pas être le prochain.
Le rêve de démocratie a été brutalement fracassé. Le simple fait d’y penser, d’en parler ou d’espérer son retour est non seulement ridicule, mais il devient un exercice périlleux. L’espérance elle-même est désormais suspecte.
La pauvreté, qu’elle soit naturelle ou artificiellement entretenue, s’est installée durablement. Avoir de l’argent et ne pas en avoir semblent parfois produire les mêmes effets : les portes restent fermées, les banques manquent de liquidité, les opportunités disparaissent, les efforts deviennent inutiles et l’avenir paraît condamné d’avance.
Pendant ce temps, les richesses du pays sont confisquées, dilapidées ou distribuées comme des privilèges personnels, tandis que les véritables propriétaires de ces ressources contemplent leur propre misère.
Comment appeler cette nouvelle condition imposée à tout un peuple ?
Ce n’est plus seulement une crise. Ce n’est plus une simple régression. Ce n’est même plus une parenthèse malheureuse.
C’est une régression organisée, une forme de servitude moderne, un état que l’on pourrait nommer la Grande Dépossession : dépossession des libertés, dépossession de la justice, dépossession de la sécurité, dépossession des ressources, dépossession des rêves et, plus grave encore, dépossession de la dignité et de l’espérance.
Mais l’histoire enseigne une vérité immuable : aucun peuple ne demeure éternellement à genoux.
Les générations qui nous ont précédés ont connu les humiliations, les privations et les violences. Pourtant, elles ont trouvé en elles-mêmes les ressources nécessaires pour se relever et poursuivre leur marche.
Le moment est donc venu de se replonger avec courage dans notre propre histoire. Non pour y chercher des motifs de haine ou de vengeance, mais pour y retrouver les raisons de croire encore en nous-mêmes. Car un peuple qui oublie son histoire finit toujours par accepter sa servitude.
Il nous faut renaître. La Guinée doit renaitre. Renaître dans nos consciences. Renaître dans notre volonté. Renaître dans notre foi en la dignité humaine. Renaître dans notre détermination à transmettre aux générations futures autre chose que la peur et la résignation.
Car l’alternative est connue. Elle porte un nom terrible : l’esclavage assumé.
Et lorsqu’un peuple finit par considérer sa servitude comme une fatalité, il cesse progressivement d’être un peuple libre pour devenir une simple multitude administrée, comme au temps de la colonisation assumée. L’heure n’est donc ni au désespoir ni à la résignation.
L’heure est à la mémoire. L’heure est au courage. L’heure est à la renaissance. Parce qu’aucune nuit, aussi longue soit-elle, n’a jamais empêché le lever du jour suivant. Et parce qu’un peuple qui refuse de mourir finit toujours par renaître. Alors renaissons, et maintenant!
Dr Faya Lansana Millimouno
Président d’honneur du Bloc Libéral





