Si l’objectif affiché de l’organisation de ces élections était de convaincre que la Guinée a résolument renoué avec l’ordre constitutionnel, qu’elle est passée d’un régime d’exception à une démocratie, même imparfaite, ou encore qu’un pouvoir issu de la transition a désormais acquis une pleine respectabilité institutionnelle, force est de constater que la majorité des Guinéens demeurent profondément sceptiques. Le constat est sans appel : la montagne semble avoir accouché d’une souris.
Le contexte initial de la transition avait pourtant entretenu l’espoir qu’un retour progressif aux principes démocratiques fondamentaux demeurait possible et qu’à terme, les forces armées privilégieraient leur mission régalienne plutôt qu’un ancrage politique durable. Pour une partie prépondérante de l’opinion publique, toutefois, la tenue de scrutins dans un climat délétère, marqué par des restrictions sévères des libertés publiques, des tensions politiques persistantes et une polarisation exacerbée du débat national, ne suffit pas à dissiper les doutes légitimes sur la transparence et la probité du processus électoral.
Dans ces conditions de défiance généralisée, les autorités actuelles peinent à démontrer à leurs détracteurs qu’elles disposent d’une légitimité politique plus solide qu’auparavant. Aux yeux de nombreux citoyens, ces consultations électorales n’ont ni permis de restaurer la confiance rompue ni de refermer les fractures sociopolitiques accumulées au cours des dernières années. Bien au contraire, elles semblent avoir cristallisé un profond sentiment de désillusion et d’incertitude quant à l’avenir du pays.
Or, lorsqu’un peuple perd toute foi en ses dirigeants et cesse d’espérer d’eux des solutions concrètes à ses souffrances quotidiennes, les tensions latentes tendent inéluctablement à s’aggraver. Le pouvoir risque alors de s’enfermer dans un isolement chronique, tandis qu’une part grandissante de la population nourrit frustration, ressentiment et un désir ardent de changement. Une telle configuration porte en elle les germes d’une instabilité majeure dont nul ne peut prédire l’issue.
Une certitude demeure : le temps finit toujours par imposer l’heure des bilans. Viendra inévitablement le moment où chacun devra répondre devant l’Histoire et devant la Nation des actes qu’il aura posés, des compromissions qu’il aura acceptées et des paroles qu’il aura prononcées. Dès à présent, le regard lucide des citoyens sait distinguer ceux qui ont choisi de défendre leurs convictions au prix de lourds sacrifices personnels de ceux qui ont préféré s’accommoder des circonstances ou privilégier des intérêts immédiats et opportunistes.
Ces derniers considèrent souvent que la résistance, l’engagement citoyen ou le refus du renoncement moral constituent des prises de risques inutiles. Soit. Mais il n’y a ni honneur ni grandeur à confisquer le pouvoir au mépris de la détresse collective, ni à faire passer des ambitions personnelles avant les aspirations souveraines d’un peuple meurtri.
L’Histoire universelle nous enseigne que nul n’est propriétaire du pouvoir. Ceux qui ignorent les combats du passé ou refusent de tirer les leçons des trajectoires de leurs prédécesseurs finissent par sombrer dans l’illusion que leur domination est éternelle. Pourtant, tous les régimes passent, toutes les hégémonies s’effondrent, les générations se succèdent et nul n’échappe à la finitude de la condition humaine. Le pouvoir est par essence éphémère ; la vie elle-même ne l’est pas moins.
Comme le rappelait si justement le révérend Martin Luther King Jr. : « L’arc de l’univers moral est long, mais il tend vers la justice. »
Cette conviction inébranlable demeure une source intarissable d’espérance pour tous ceux qui militent pour la force du droit, la souveraineté populaire et la vérité intangible des urnes.
Le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, ainsi que ses partisans, pourraient résumer leur position en ces termes cardinaux :
« Aucun arrangement politique occulte, aucune manœuvre institutionnelle biaisée, aucune victoire autoproclamée ne peut durablement prévaloir contre la volonté profonde d’un peuple lorsqu’elle s’exprime librement et dignement. »
À méditer.
Souleymane Souza Konaté





