La colère gronde dans les rangs du Syndicat National de l’Éducation (SNE). Dans un communiqué publié ce vendredi, le Bureau Exécutif National (BEN) a exprimé son exaspération face à une accumulation de griefs qui, selon lui, dégradent gravement la condition enseignante en Guinée. Détentions d’enseignants, humiliations dans les écoles privées, attaques verbales sur les réseaux sociaux et démission des parents : l’organisation syndicale tire la sonnette d’alarme et menace de paralyser le système éducatif si des mesures immédiates ne sont pas prises.
Deux enseignants en détention, un ultimatum posé
Le SNE dénonce avec force la détention de deux enseignants dans des affaires distinctes. Le premier est retenu au commissariat central de Guéckédou. Le second, dont le sort cristallise aujourd’hui la mobilisation syndicale, est en garde à vue à la gendarmerie de l’OPROGEM de Belle-Vue. Sans donner le détail des griefs retenus contre eux, le syndicat exige leur libération immédiate, brandissant la menace d’un débrayage national.
« Nous exigeons avec fermeté la libération immédiate et sans condition de l’enseignant détenu en garde à vue à la gendarmerie de l’OPROGEM de Belle-Vue. Faute de quoi, nous demanderons à tous les enseignants de rester à la maison jusqu’à l’obtention de sa liberté totale », peut-on lire dans le communiqué.
Cette menace de grève générale intervient dans un climat déjà tendu, alors que le système éducatif guinéen peine à absorber les multiples secousses qui le fragilisent. Le SNE prévient : « Par conséquent, toutes les enseignantes et tous les enseignants sont invités à rester vigilants et mobilisés pour mener ce combat de l’honneur et de la dignité.»
« L’État ne trouvera plus personne pour enseigner »
Au-delà de ces détentions, le syndicat dresse un constat plus large de dévalorisation du métier. Il pointe du doigt les actes d’humiliation que subiraient des enseignants dans certaines écoles privées du pays. Sans citer nommément les établissements concernés, le SNE appelle le ministre de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Alpha Bacar Barry, à intervenir d’urgence.
« Nous invitons le Ministre à prendre toutes ses responsabilités afin de siffler la fin de la récréation », assène le syndicat, avant de lancer un avertissement lourd de sens : « À l’allure où vont les choses, si l’on n’y prend pas garde, le métier d’enseignant sera complètement dévoyé et l’État ne trouvera plus personne pour enseigner aux enfants de la République. »
Une formule qui résonne comme un cri d’alarme. Le SNE estime que l’absence de protection des enseignants face aux pressions, aux humiliations et aux détentions arbitraires pourrait à terme vider les salles de classe de leurs maîtres, faute de candidats prêts à embrasser une profession en perte de repères.
La démission parentale dans le collimateur
Le communiqué n’épargne pas non plus les familles. Le SNE dénonce ce qu’il qualifie de « démission parentale flagrante dans l’encadrement des enfants à la maison ». Selon le syndicat, de nombreux élèves arrivent à l’école sans avoir reçu les valeurs éducatives de base, transformant l’institution scolaire en un espace où tout serait à reconstruire, y compris les fondamentaux du vivre-ensemble.
« L’école n’est ni un dépotoir, ni une poubelle dans laquelle on vient déverser des enfants n’ayant reçu aucune valeur éducative en famille. L’enseignement est régi par des principes et des valeurs auxquels tout apprenant doit se conformer, au risque de subir des sanctions disciplinaires », rappelle fermement le SNE.
Une mise au point qui vise à recadrer le rôle de chaque acteur de la chaîne éducative. Pour le syndicat, l’école ne peut pas suppléer à toutes les carences du milieu familial, et les enseignants ne sauraient être tenus pour responsables des défaillances parentales.
72 heures pour Kadii Tounkara
Enfin, la crise s’invite sur le terrain numérique. Le SNE s’insurge contre les propos tenus par une cyberactiviste, Kadii Tounkara, qui aurait qualifié les enseignants de « moutons » dans une publication Facebook. Une insulte jugée intolérable par la corporation.
« Cela constitue une insulte grave pour toute la corporation. Nous lui accordons un délai de 72 heures pour retirer ses propos et présenter ses excuses. À défaut, nous intenterons une action en justice contre ces propos stigmatisants et injurieux », prévient le syndicat.
L’ultimatum est clair : soit la cyberactiviste retire ses propos et fait amende honorable dans les trois jours, soit elle devra répondre de ses paroles devant les tribunaux. Le SNE entend ainsi marquer un coup d’arrêt à ce qu’il perçoit comme une banalisation des attaques contre la profession enseignante.
Une mobilisation générale annoncée
Le ton du communiqué, signé par la Cellule de Communication du Bureau Exécutif National, ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Le SNE se dit prêt à engager un bras de fer si ses revendications ne sont pas satisfaites. La menace de grève, associée à l’action judiciaire annoncée, dessine une stratégie de pression multiple.
Reste à savoir si le ministre Alpha Bacar Barry répondra à cet appel pressant, et si les enseignants détenus seront libérés dans les heures qui viennent. À défaut, le spectre d’une paralysie du système éducatif se profile, avec des conséquences potentielles sur la fin de l’année scolaire en cours.
Laguinee.info





