On se souvient encore comment c’était avant avec nos maîtres d’école. On n’avait même pas besoin qu’ils lèvent la main sur nous, juste leur regard suffisait. Tu rentrais dans la classe, tu t’asseyais, tu fermais ta bouche et tu écoutais. Pas parce que quelqu’un t’avait forcé à le faire, mais parce que tu savais que cet homme là devant toi méritait ce silence. Nos parents nous avaient appris ça avant même qu’on pose le pied dans une salle de classe : Le maître est sacré, tu ne discutes pas, tu ne rigoles pas dans son dos, et si jamais il parlait de toi à ta famille, c’est toi qui allais morfler à la maison, pas lui qui allait avoir des problèmes.
Aujourd’hui quand tu regardes ce qui se passe dans certaines écoles en Guinée, tu as du mal à reconnaître cet endroit. Les élèves défient les profs en plein cours, les profs perdent patience et ça finit mal pour tout le monde. Quelque chose s’est vraiment cassé entre ces deux là, et ça mérite qu’on s’assoie et qu’on en parle sérieusement.
En effet, les années ont passé et avec elles, beaucoup de choses ont changé dans l’éducation, dans les familles, dans les têtes. Les enseignants sont devenus pauvres, très pauvres. Et quand un homme attend son salaire depuis des mois et qu’il est obligé de faire ce qui n’honore pas son statut pour vivre, les gens arrêtent de le voir comme une grande figure. Les enfants voient tout ça. Ils ne disent rien mais ils comprennent. Ils se disent que si le maître souffre autant, c’est peut-être qu’il ne vaut pas grand chose, pendant ce temps, les #Kolipés roulent dans les 4×4 et se moquent de ceux qui construisent notre humanité par le savoir.
Et en même temps le monde a changé lui aussi. Les téléphones sont arrivés, les réseaux sociaux, des façons de se comporter venues d’ailleurs. L’élève d’aujourd’hui sait des choses que son professeur ne connaît pas et ça a tout bousculé. Quand l’élève sait plus que le maître sur certaines choses, le maître perd une partie de son pouvoir sans même s’en rendre compte.
Ce qu’on voit dans les salles de classes en Guinée aujourd’hui, et ça fait mal à regarder. Des élèves qui insultent leurs professeurs, des professeurs qui frappent leurs élèves. Deux camps qui se font face comme des ennemis dans un endroit qui devrait être celui de la paix et de l’apprentissage. Il serait trop facile de dire que c’est la faute des élèves ou la faute des enseignants. La vérité c’est que les deux souffrent. L’élève arrive à l’école avec la colère de sa famille qui n’a pas de quoi vivre. Le professeur arrive avec la honte de ne pas être payé et de ne pas être respecté. Et quand deux personnes qui souffrent se retrouvent dans la même pièce sans personne pour les aider, ça peut vite dégénérer. Ce que l’on voit dans ces violences c’est le reflet de tout ce qui ne va pas dans la société guinéenne. L’école ne fait que montrer ce que la rue cache encore un peu.
Ainsi, ce qu’on a perdu ce n’est pas la peur du maître, c’est le respect entre les êtres humains, ce pacte simple qui dit que celui qui enseigne mérite d’être écouté et que celui qui apprend mérite d’être guidé avec soin. Pour retrouver ça il faut payer les enseignants correctement et leur rendre leur dignité. Il faut que les parents reprennent leur place et arrêtent de croire que l’école seule peut tout faire. Et il faut expliquer aux enfants que le respect n’est pas une vieille chose inutile mais le ciment sans lequel rien ne tient. L’école d’avant avait ses défauts, elle pouvait être dure et injuste. Mais elle croyait en quelque chose, et c’est cette foi là, cette conviction que l’école peut changer une vie, que la Guinée doit retrouver au plus vite, vraiment très vite !
Tout le monde est interpellé à ce stade.
Aboubacar Sidiki Kaba





