Le silence de la justice ne passe plus. Dans une correspondance adressée ce jour au procureur général près la Cour d’Appel de Conakry, l’ONG Tournons la Page Guinée somme le magistrat Fallou Doumbouya de sortir de son mutisme. L’organisation de défense des droits humains exige des comptes sur l’état d’avancement des enquêtes relatives aux disparitions forcées et aux arrestations arbitraires qui secouent le pays depuis bientôt deux ans.
La lettre, sobre mais incisive, remet sur la table des dossiers qui hantent la Guinée. « Les disparitions forcées d’Oumar Sylla, dit Foniké Menguè, Coordinateur national du FNDC, et de Mamadou Billo Bah, Coordinateur national de TLP-Guinée, survenues depuis le 9 juillet 2024, ainsi que les arrestations arbitraires et les allégations de torture qui continuent d’affecter de nombreux citoyens, avaient conduit le Parquet Général à annoncer publiquement l’ouverture d’enquêtes », rappelle l’ONG.
Un black-out judiciaire dénoncé
Près de deux ans plus tard, c’est le brouillard. « À ce jour, ni les familles des victimes, ni l’opinion publique, ni les organisations de défense des droits humains n’ont été informées des diligences accomplies, des résultats obtenus ou des obstacles rencontrés dans le cadre de ces procédures », déplore Tournons la Page Guinée.
L’organisation met en garde contre le sentiment d’impunité que ce silence prolongé ne manque pas d’alimenter. « Au regard de l’obligation de redevabilité qui incombe au parquet général et pour dissiper ce sentiment d’impunité, nous vous demandons respectueusement de bien vouloir communiquer sans délai sur l’état d’avancement de ces enquêtes. »
Les noms qui figurent dans la lettre sont ceux de citoyens dont le sort reste inconnu ou dont les conditions de détention interrogent : Foniké Menguè, Billo Bah, mais aussi Sadou Nimaga et Habib Marouane Camara. Autant de visages qui incarnent, pour les défenseurs des droits humains, la face sombre d’une Guinée où les disparitions forcées continuent de défier l’État de droit.
« La transparence commande »
Tournons la Page Guinée ne se contente pas d’interpeller : elle pose une exigence de principe. « L’effectivité de la lutte contre l’impunité et la restauration de la confiance des citoyens en la justice commandent une transparence totale sur les actes posés et les échéances envisagées pour l’établissement des responsabilités », conclut la correspondance.
Après les partis politiques, après la société civile, c’est au tour des organisations de droits humains de frapper à la porte du palais de justice. Avec une question simple, formulée dans un ton respectueux mais ferme : où en sont les enquêtes ?
Laguinee.info





