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Triple scrutin : le Bloc Libéral dénonce des violations graves et porte les gants de la confrontation juridique

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Le Bloc Libéral (BL) ne désarme pas. Face aux irrégularités qui ont émaillé le triple scrutin du 31 mai dernier, le parti de Dr Faya Lansana Millimouno a tenu une conférence de presse, ce mercredi 3 juin 2026, à son siège. L’heure n’était plus aux simples observations, mais à la contestation résolue. Le parti annonce qu’il saisira la Cour suprême et pose sur la table une série d’exigences fermes, qu’il juge indispensables pour sauver ce qui peut encore l’être du processus électoral.

Le ton est grave, le constat méthodique. Le BL affirme avoir documenté des violations qu’il qualifie de « systématiques » des articles 89, 90, 91, 110 et 290 du Code électoral du 27 septembre 2025. Des dispositions qui forment pourtant l’armature juridique de tout dépouillement transparent. Le parti interpelle directement l’ONASUR, la DGE, ainsi que les institutions nationales et internationales sur des faits « d’une extrême gravité » qui, selon lui, ébranlent aujourd’hui la régularité, la sincérité et la crédibilité du double scrutin en cours sur l’ensemble du territoire.

« Les informations qui nous remontent de nombreuses préfectures, communes urbaines et communes rurales révèlent un schéma de violations systématiques du Code électoral dont l’ampleur est sans précédent dans l’histoire récente de notre pays », a déclaré le parti. Le rappel du cadre légal fuse, précis : « Les articles 89, 90, 91, 110 et 290 du Code électoral établissent pourtant des garanties claires et impératives. Ils consacrent le principe selon lequel le dépouillement doit être effectué dans chaque bureau de vote, immédiatement après la clôture du scrutin, sous le contrôle effectif des représentants des candidats et des listes en compétition. Ils imposent l’établissement, la signature, l’affichage et la publicité des procès-verbaux avant toute opération de centralisation. Ils garantissent aux représentants des compétiteurs le droit d’assister au dépouillement, au décompte des voix, à la vérification des résultats et à l’inscription de leurs observations dans les procès-verbaux. Ils imposent la transparence des listes d’émargement et sanctionnent pénalement toute manipulation des opérations de dépouillement. »

Le fossé entre le droit et le terrain

Mais entre le Code électoral et la réalité des opérations, le fossé est béant, soutient la formation politique. Et c’est Oumar Sanoh, président du parti, qui dresse l’inventaire clinique de ce qu’il nomme des « garanties bafouées ». « Dans de nombreuses localités, les urnes sont retirées des bureaux de vote et transportées vers des chefs-lieux de préfecture ou d’autres centres de centralisation sans qu’aucun dépouillement préalable n’ait été effectué sur place. Dans de nombreux cas, les représentants des partis et des candidats sont exclus des opérations ou empêchés d’exercer leur droit de contrôle. Les procès-verbaux ne sont ni affichés ni remis conformément aux prescriptions légales. Les feuilles de dépouillement demeurent inaccessibles aux compétiteurs. La centralisation des résultats est ainsi transformée en une opération opaque qui se substitue illégalement au dépouillement lui-même. »

Pour le BL, le mal est profond et dépasse le simple incident technique. « Cette pratique est contraire au Code électoral. Elle est contraire aux principes universels de transparence électorale. Elle est contraire aux engagements internationaux de la République de Guinée », a martelé Oumar Sanoh. Le parti prévient que ces irrégularités ne sont pas de simples anomalies : elles anéantissent le seul mécanisme qui permet aux citoyens, aux partis et aux observateurs de vérifier la sincérité des résultats.

« Lorsque les urnes quittent les bureaux de vote sans dépouillement public, lorsque les procès-verbaux ne sont pas affichés, lorsque les représentants des candidats sont exclus des opérations, il devient matériellement impossible de garantir que les résultats annoncés correspondent aux suffrages réellement exprimés par les électeurs », a-t-il ajouté, avec une gravité pesée. Avant de porter un jugement sévère sur l’état du processus : « La violation des articles 89, 90, 91, 110 et 290 constitue aujourd’hui la caractéristique dominante du processus électoral en cours. Elle retire au scrutin toute présomption de transparence. Elle affaiblit gravement sa crédibilité. Elle compromet la confiance des citoyens dans les institutions. Elle crée les conditions d’une contestation généralisée des résultats. »

Des exigences fermes avant le recours judiciaire

Forte de ce constat, la formation politique ne s’est pas contentée de dénoncer. Elle a formulé une liste d’exigences précises, qu’elle adresse aux autorités électorales :

· La suspension immédiate de toute opération de centralisation réalisée en violation des dispositions légales ;
· La publication de directives contraignantes rappelant l’obligation de dépouiller les urnes dans chaque bureau de vote avant tout transfert ;
· La remise immédiate des procès-verbaux aux représentants des candidats et des partis politiques ;
· L’accès sans restriction aux feuilles de dépouillement, listes d’émargement et autres documents électoraux ;
· La présence effective des représentants des compétiteurs à toutes les étapes du processus de centralisation ;
· L’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les violations signalées ;
· La conservation sous scellés de l’ensemble des documents électoraux afin de permettre les vérifications et recours nécessaires.

« La souveraineté du peuple ne peut être confisquée »

Le Bloc Libéral a conclu son intervention par une mise en garde solennelle, qui résonne comme un préalable à toute reconnaissance des résultats. « Le Bloc Libéral tient à déclarer avec la plus grande fermeté que les résultats issus d’un processus conduit en violation manifeste des articles 89, 90, 91, 110 et 290 du Code électoral ne sauraient bénéficier de la présomption de régularité attachée à une consultation démocratique transparente. La souveraineté du peuple ne peut être confisquée par des procédures opaques », a averti Oumar Sanoh.

En annonçant la saisine prochaine de la Cour suprême, le parti de Dr Faya Lansana Millimouno choisit la voie du droit. Une manière de porter la contestation sur un autre terrain, celui de la bataille juridique, avec la volonté affichée de confronter la légalité proclamée à la réalité des opérations électorales.

Ismaël Sam, pour Laguinee.info

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