Le député sénégalais Guy Marius Sagna, figure radicale de Pastef, n’a pas mis longtemps à réagir à la nomination d’Ahmadou Al Aminou Lô au poste de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye. Dans une déclaration sans détour, il remet en cause les convictions souverainistes du nouveau chef du gouvernement, et accuse Diomaye d’un « vrai coup d’État contre Pastef et ses électeurs ».
Il connaît Al Amine Lô depuis 2018. Et ce qu’il en dit n’est pas un compliment.
Un souvenir daté du 3 mai 2018
Guy Marius Sagna place d’emblée sa réaction dans un contexte précis. « J’ai connu Monsieur Ahmadou Al Aminou Lô le 03 mai 2018 lors d’un débat organisé par RFI sur l’instrument néocolonial qu’est le franc CFA », écrit-il. À l’époque, le nouveau Premier ministre occupait le poste de directeur national de la BCEAO pour le Sénégal. Et selon le député, il était venu « défendre que le franc CFA était une bonne monnaie ».
Pour Guy Marius Sagna, militant de longue date de la décolonisation monétaire africaine, ce souvenir n’est pas anodin. Il est révélateur d’une incompatibilité fondamentale entre le profil du nouveau Premier ministre et les idéaux qui ont porté Pastef au pouvoir.
La question qui taraude depuis avril 2024
Cette nomination ravive une interrogation que Me. Sagna dit porter depuis près de deux ans. « C’est pourquoi depuis avril 2024 je me pose la question suivante : que fait un défenseur du franc CFA néocolonial dans l’exécutif issu d’un parti politique, Pastef, qui prône la décolonisation monétaire ? »
Une question qui, formulée ainsi, vise autant Al Amine Lô que les choix politiques de Diomaye Faye depuis le début de son mandat. Pour Sagna, la présence d’un tel profil dans l’exécutif depuis deux ans déjà constituait un signal d’alarme que beaucoup ont préféré ignorer.
« Ce n’est pas un changement de méthode, mais de cap »
La nomination d’Al Amine Lô à la Primature fait franchir au député un cap dans la sévérité de son jugement. « Sa nomination aujourd’hui comme Premier ministre du Sénégal ne me rassure pas sur l’abolition du franc CFA, sur notre souveraineté à l’égard du FMI », affirme-t-il, avant de lancer une accusation directe contre le président de la République.
« Ce n’est pas un changement de méthode mais de cap auquel veut nous mener le dissident Diomaye. C’est cela le vrai braquage électoral. C’est cela le vrai coup d’État contre Pastef et ses électeurs », écrit-il, un langage fort, délibérément provocateur, qui retourne contre Diomaye les accusations de coup d’État que d’autres ont proférées contre Sonko.
Il conclut néanmoins avec une réserve prudente : « J’espère me tromper. Time will tell.»
Ce que cette réaction révèle
Au-delà de la personnalité de Guy Marius Sagna, réputé pour ses positions radicales et son indépendance d’esprit, y compris au sein de Pastef, cette déclaration révèle l’ampleur des fractures qui traversent désormais le camp au pouvoir au Sénégal.
Si même des députés de la majorité s’alarment publiquement des choix du président, si le nouveau Premier ministre est attaqué comme un symbole de trahison idéologique par un élu de son propre camp, c’est que la rupture entre Diomaye et Sonko n’est pas seulement une querelle de personnes. Elle est, au moins pour une partie de la base militante, une rupture de ligne politique, entre ceux qui veulent aller jusqu’au bout de la rupture et ceux qui, selon leurs détracteurs, préfèrent la gestion à la transformation.
Al Amine Lô prend la Primature sous haute surveillance, y compris de l’intérieur de la majorité qui est censée le soutenir. Sa première épreuve ne sera pas devant l’opposition. Elle sera devant les électeurs du Pastef qui se demandent, comme Guy Marius Sagna, ce que leur vote de 2024 est en train de devenir.
Laguinee.info





