Le procès du directeur général du centre médico-social Jean-Paul II, Soriba Soumah, a connu un tournant ce jeudi devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). À la barre, le service administratif et financier (SAF) de la structure, Namandjan Doumbouya, a livré un témoignage particulièrement accablant contre le prévenu, multipliant les accusations de détournement et de mauvaise gestion.
Interrogé par le juge Alpha Camara, le témoin a détaillé le fonctionnement des recettes du centre, affirmant que plusieurs revenus auraient échappé aux circuits officiels de gestion.
Selon lui, le centre Jean-Paul II dispose de cinq principales sources de recettes : la consultation, le parking, la pharmacie, les services médicaux et la crèche. Il a expliqué qu’en tant que SAF, il était chargé de l’émission des titres de recettes, tandis que le recouvrement revenait à l’agent comptable.
Des recettes présumées versées directement au DG
Entrant dans le fond du dossier, Namandjan Doumbouya a affirmé qu’à sa prise de fonction, le 3 janvier 2025, la perceptrice de la crèche lui aurait déclaré avoir transféré, via Orange Money, 124 millions de francs guinéens directement au directeur général pour la réparation d’un moteur.
Le témoin a soutenu que les recettes de la crèche étaient systématiquement remises à Soriba Soumah. Il a également déclaré que les revenus de la pharmacie étaient versés sur le compte du directeur général par l’intermédiaire d’une femme nommée Bérété, qu’il présente comme non pharmacienne.
Selon lui, la pharmacie générait à elle seule une recette prévisionnelle de 500 millions de francs guinéens par an.
Le cas du groupe électrogène soulevé
Le SAF a aussi évoqué la disparition présumée d’un groupe électrogène offert au centre par des partenaires indiens en 2014. D’après lui, le groupe actuellement présent dans l’établissement n’aurait jamais fonctionné, alors que le directeur général percevrait tous les trois mois 10 millions de francs guinéens destinés à l’achat de carburant en cas de coupure d’électricité.
Autre élément avancé par le témoin : le centre n’aurait effectué aucun versement au Trésor public au titre de l’année 2025. Il a conclu que les recettes auraient été « purement et simplement détournées ».
Soriba Soumah rejette les accusations
Face à ces déclarations, Soriba Soumah a dénoncé un « acharnement » contre sa personne et rejeté l’ensemble des accusations.
Le prévenu a reconnu connaître les personnes citées par le témoin, notamment la perceptrice de la crèche et la nommée Bérété, mais il affirme que les recettes étaient déposées auprès de l’agent comptable, seul habilité, selon lui, à conserver les fonds.
« C’est l’agent comptable qui est habilité à conserver les fonds », a insisté le directeur général devant la Cour.
Des retraits de fonds pointés du doigt
Namandjan Doumbouya a également accusé l’agent comptable d’avoir falsifié sa signature pour effectuer plusieurs retraits au Trésor public avant de prendre la fuite.
Selon lui, quatre opérations auraient été réalisées en octobre 2025 pour des montants de plus d’1 milliard 322 millions, 200 millions, 37 millions et 407 millions de francs guinéens.
Le témoin a par ailleurs indiqué que le parking du centre était confié à un ressortissant camerounais et que l’ensemble des faits évoqués figurait dans un rapport signé par plusieurs responsables de la structure, à l’exception du directeur général.
Une audience tendue
L’audience a été marquée par de vifs échanges entre les deux hommes. Namandjan Doumbouya a affirmé nourrir une « haine viscérale » contre le prévenu en raison, selon lui, de sa gestion financière du centre.
En retour, Soriba Soumah a soutenu que cette hostilité serait liée à un différend autour d’un marché de fourniture d’équipements. Il affirme avoir refusé d’attribuer le contrat à la société SOGUIPREM, privilégiant plutôt un appel d’offres ouvert.
La Cour ordonne de nouvelles investigations
À l’issue des débats, la chambre de jugement de la CRIEF a rejeté la demande de mise en liberté des prévenus.
La Cour a ordonné à l’Agence de dépôt du Trésor de produire les relevés des comptes du centre Jean-Paul II ainsi que les copies des chèques émis entre janvier et décembre 2025.
Elle a également demandé aux conservateurs fonciers de Conakry, Coyah, Kindia et Forécariah d’établir l’état des biens immobiliers appartenant aux prévenus Soriba Soumah et Ismaël Traoré, ainsi qu’à leurs épouses et enfants.
Par ailleurs, Youssouf Soumah, du Trésor, et Ibrahima Barry, du centre Jean-Paul II, devront comparaître comme témoins lors de la prochaine audience.
L’affaire a été renvoyée au 8 juin pour la suite des débats, et éventuellement les plaidoiries et réquisitions.
Laguinee.info





