Depuis plusieurs semaines, la ville de Kankan est confrontée à une pénurie persistante de carburant. Une situation qui perturbe fortement le quotidien des habitants, à l’approche de la fête de Tabaski, période habituellement marquée par une forte mobilité et une hausse des activités économiques.
Dans la commune urbaine, de longues files d’attente sont observées devant les rares stations-service encore opérationnelles. Cette crise, qui dure depuis plus de trois semaines, entraîne frustration et incertitudes chez les usagers, contraints parfois d’attendre plusieurs heures pour obtenir une quantité limitée de carburant.
Des usagers entre résignation et colère
Amara Kandé, en déplacement vers Siguiri, dit avoir réussi à obtenir quelques litres après une longue attente, tout en dénonçant les insuffisances dans la distribution.
« Il y a quand même de la régularité, il y a moins de pagaille. Malgré que je n’ai pas été satisfait à 100%, parce que la quantité que je voulais, ils disent que non, ils donnent seulement 20 litres. […] L’autorité doit prendre ses dispositions, surtout les vendeurs ambulants. C’est ça qui aggrave la situation. Lorsqu’on paye un litre à 30 000, 35 000, vous savez que ça, ce n’est pas bon pour la population », a-t-il confié.
Les chauffeurs de moto-taxi figurent parmi les plus touchés. Tamba Michael Milimouno évoque un calvaire quotidien depuis le début de la crise.
« C’est la troisième semaine comme ça. Franchement, la population de Kankan, voire même nous les taxi-motards, on souffre beaucoup. […] Tu peux sortir pour chercher au moins cent mille francs dans la journée, mais le carburant devient introuvable ou très cher. À la soirée, certains revendent à 20 000 ou 25 000. Nous sommes fatigués », a-t-il expliqué.
Appels pressants aux autorités
Du côté des automobilistes, Gaspard Guilavogui exprime également son désarroi face à une situation qui perdure sans explication claire.
« Depuis le matin, nous sommes ici. On ne fait que tourner autour de l’affaire d’essence. Nous voulons rentrer à nos lieux de travail, mais il n’y a pas d’essence. Nous demandons aux autorités, surtout au gouverneur, de venir en aide. Nous traversons des moments difficiles et nous nous demandons quelle est la cause de cette crise », a-t-il déclaré.
Même constat pour Mory Kourouma, qui dénonce une répétition quasi annuelle des pénuries dans la ville.
« C’est une monnaie courante en ce moment. Chaque année il y a crise. Ça commence vraiment à fatiguer les habitants. […] À la station, le prix ne change pas, mais dans le marché noir ça grimpe à 30 000, 35 000 voire 40 000. C’est grave », a-t-il indiqué après plusieurs heures d’attente.
Le secteur des garages également paralysé
La crise impacte aussi les activités des mécaniciens et professionnels du secteur automobile. Toumany Diallo affirme que son atelier fonctionne au ralenti.
« Actuellement, pour trouver de l’essence, c’est très difficile. Notre garage ne fonctionne plus à cause de la crise. Ma moto est garée et je suis à la station, mais ils ont refusé de me servir. Au marché noir, les prix sont très élevés. Si les autorités n’interviennent pas, la situation va empirer », a-t-il alerté.
Une crise récurrente à Kankan
En l’espace de trois mois, la ville de Kankan a déjà connu au moins deux épisodes similaires de pénurie de carburant. Une récurrence qui lui vaut désormais le surnom de « ville des crises de carburant », dans un contexte où habitants et acteurs économiques appellent à des solutions durables pour stabiliser l’approvisionnement.
De Kankan, Mohamed Lamine Yansané pour Laguinee.info





