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Kenya : grève suspendue après quatre morts, mais la crise du carburant reste entière

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La grève des transports qui paralysait Nairobi et plusieurs grandes villes kenyanes depuis lundi a été suspendue pour une semaine, le temps de permettre des négociations entre le gouvernement et les opérateurs du secteur. Mais le calme reste précaire : quatre personnes ont été tuées lors des manifestations qui ont dégénéré en violences, et la hausse brutale des prix du carburant, conséquence directe du blocus iranien dans le détroit d’Ormuz, n’est toujours pas résolue.

Une semaine de trêve. Quatre morts. Et une facture énergétique qui continue de grimper.

La grève suspendue, pas résolue

C’est le ministre de l’Intérieur kenyan, Kipchumba Murkomen, qui a annoncé mardi la suspension de la grève. « À la suite d’une réunion de consultation ce matin, la grève en cours est suspendue pour une période d’une semaine afin de permettre des consultations et des négociations entre le gouvernement et les parties prenantes », rapporte Africanews.com.

Selon notre source,  la grève avait débuté lundi, à l’appel des exploitants de matatus, ces minibus qui assurent la grande majorité des transports publics au Kenya. Elle a aussitôt paralysé Nairobi et d’autres grandes villes du pays. Tôt mardi matin, les routes de la capitale étaient encore quasi désertes, des jeunes bloquant les principaux axes menant à la ville et autour de centres urbains régionaux comme Naivasha. Les écoles de la capitale sont restées fermées pour la deuxième journée consécutive, et plusieurs ambassades ont annoncé leur fermeture en raison des troubles.

Quatre morts, des violences dénoncées

Le bilan humain de ces deux jours de mobilisation est lourd. Le ministre Murkomen a confirmé lundi que quatre personnes avaient été tuées et plus de trente blessées lors des troubles qui ont éclaté dans tout le pays. L’organisation kenyane de défense des droits humains Vocal Africa a dénoncé « l’usage de la force létale par les forces de l’ordre », une accusation grave qui risque d’alourdir davantage le climat social déjà tendu.

Le détroit d’Ormuz, déclencheur d’une crise en cascade

Pour comprendre ce qui se passe au Kenya, il faut regarder vers le golfe Persique. Depuis que l’Iran a bloqué le trafic dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite normalement un cinquième du pétrole mondial, les prix des carburants ont explosé dans de nombreux pays africains dépendants des importations en provenance du Golfe.

Au Kenya, la facture est brutale : le prix de l’essence a bondi de 20 % et celui du diesel de près de 50 %. Pour les exploitants de matatus, dont les revenus dépendent directement de leurs coûts d’exploitation, la hausse est insupportable. Les négociations de lundi avec le gouvernement n’ont pas abouti à un accord sur une baisse des prix, ce qui a entraîné la prolongation de la grève.

Un gouvernement pris en étau

Le ministre du Trésor et de la Planification économique, John Mbadi, a défendu la position du gouvernement sans ménagement. « La grève est tout à fait injustifiée. C’est une guerre que nous n’avons pas provoquée », a-t-il déclaré lundi sur la chaîne NTV Kenya.

Ses détracteurs répondent que le Kenya applique des taxes élevées sur les carburants qui pourraient être réduites pour amortir le choc. Mais le gouvernement dépend aussi de ces recettes fiscales pour rembourser une dette colossale et équilibrer un budget sous pression. Le dilemme est réel.

Le coût économique de cette crise est lui aussi considérable. L’économiste XN Iraki a estimé qu’une journée de manifestations comme celle de lundi peut coûter à l’économie kenyane environ 50 milliards de shillings, soit quelque 390 millions de dollars. L’autorité de régulation de l’énergie a par ailleurs indiqué que le gouvernement avait déjà dépensé 38,5 millions de dollars pour protéger les consommateurs de la hausse des prix du diesel et du kérosène. Le mois dernier, les autorités avaient même suspendu les normes de qualité des carburants pour maintenir l’approvisionnement face aux pénuries.

La semaine de négociations qui s’ouvre sera décisive. Si aucun accord n’est trouvé sur la question des prix, la grève pourrait reprendre avec une intensité redoublée, dans un pays dont la stabilité économique et sociale est directement menacée par une crise géopolitique qui se joue à des milliers de kilomètres de ses frontières.

 

Laguinee.info

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