Le procès de l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, s’est poursuivi ce lundi devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), en Guinée. Il est poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.
Un interrogatoire centré sur la gestion financière de l’institution
Au cours de l’audience, le prévenu a été longuement interrogé par l’avocat de l’Agent judiciaire de l’État, Me Pépé Antoine Lamah, notamment sur les mécanismes de gestion financière au sein de la Cour constitutionnelle.
Il a expliqué l’existence d’un comité de trésorerie mis en place au sein de l’institution, précisant qu’il avait été instauré par une plénière et encadré par une ordonnance désignant ses membres. Mohamed Lamine Bangoura a affirmé s’être lui-même exclu de ce comité pour des raisons personnelles.
Selon lui, ce dispositif assurait la gestion des finances de l’institution, même si certaines opérations nécessitaient sa signature en tant qu’ordonnateur.
Des zones d’ombre sur la gestion des fonds publics
Interrogé sur les pièces justificatives des dépenses, le prévenu a déclaré ne pas disposer de documents comptables, évoquant son départ de l’institution le 5 septembre 2021. « Je ne suis pas le gardien des documents comptables », a-t-il affirmé à la barre.
Les débats ont également porté sur les subventions trimestrielles allouées à la Cour constitutionnelle, estimées à environ 1,2 milliard de francs guinéens, destinées notamment aux primes de session, au logement et au transport.
Le dossier des loyers au centre des échanges
Un autre point abordé concerne le contrat de bail du bâtiment abritant l’institution. Le loyer annuel, initialement fixé à 8 milliards de francs guinéens, serait passé à 11 milliards durant la période où Mohamed Lamine Bangoura dirigeait la Cour.
Le prévenu a expliqué cette augmentation par des travaux de rénovation réalisés par le bailleur, conformément aux clauses contractuelles prévoyant des révisions périodiques. Il a toutefois indiqué que les questions administratives liées au contrat relevaient du secrétaire général de l’institution.
Fonds électoraux et revenus personnels évoqués
Au cours de l’audience, Mohamed Lamine Bangoura a également évoqué la gestion de fonds spéciaux liés aux élections, estimés à 5 milliards de francs guinéens par scrutin, précisant qu’ils ne faisaient pas l’objet de justification détaillée.
Concernant son patrimoine, il a déclaré percevoir un salaire mensuel de 75 millions de francs guinéens lorsqu’il était à la tête de la Cour constitutionnelle.
Il a par ailleurs évoqué l’acquisition de biens immobiliers, notamment deux duplex à Nongo obtenus avant son arrivée à la Cour, ainsi qu’un duplex à Dakar acheté pour environ 300 millions de francs CFA. Il a mentionné diverses sources de financement, dont un crédit bancaire, ses revenus professionnels et la vente d’un bien familial à l’étranger.
L’audience renvoyée
Après les échanges entre les différentes parties, la Cour a décidé d’entendre une autre partie civile, dont l’absence de l’avocate a conduit au renvoi de l’affaire. Le procès a ainsi été reporté au 20 mai.
La formation de jugement, présidée par le juge Alpha Camara, assisté de ses conseillers, poursuit l’examen de ce dossier sensible qui met en lumière la gestion des finances publiques au sein d’institutions judiciaires de haut niveau.
Laguinee.info





