Le Conseil supérieur de la communication (CSC) du Burkina Faso a interdit, à compter du 5 mai 2026, la diffusion des programmes de la chaîne francophone TV5 Monde sur l’ensemble du territoire national. Une décision sans précédent, justifiée par de « nombreux manquements à la loi, à l’éthique et à la déontologie ».
« Le CSC interdit la diffusion de TV5-Monde au Burkina Faso », indique le communiqué n°2026-002/CSC.
« Cette décision fait suite au constat de nombreux manquements (…) dans le traitement de sujets liés à la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et à l’actualité relative aux attaques terroristes survenues le 25 avril 2026 au Mali. »
Auto-saisine et motifs graves
Le CSC s’est saisi d’office, conformément à l’article 12 de la loi organique n°041-2023/ALT. Dans la décision n°2026-018/CSC, le régulateur détaille les faits reprochés à TV5 Monde, à travers plusieurs journaux télévisés diffusés d’avril à mai 2026.
« Les fautes commises, qui portent sur la désinformation et l’apologie du terrorisme, ont été relevées dans plusieurs éditions du journal télévisé, d’avril à mai 2026. »
Un invité accusé de « propos sans fondements » contre l’armée burkinabè
Le CSC pointe en premier lieu l’émission « Le journal Afrique » du 2 avril 2026, au cours de laquelle était invité Jean Baptiste Gallopin, de l’ONG Human Rights Watch (HRW).
« L’invité, Monsieur Jean Baptiste Gallopin, a tenu des propos accusant sans fondements l’armée burkinabè d’exactions sur les civils, de ciblages ethniques contre les peulhs et de représailles contre ceux qui refuseraient de s’engager dans l’armée. »
Le régulateur estime que TV5 Monde a offert son antenne à une ONG dont les accusations sont « sans fondements ».
« En ayant offert son plateau à cette ONG (…) TV5 Monde se rend complice d’une entreprise de manipulation et de propagande contre les autorités Burkinabè. »
Sont également reprochés les termes « junte » pour désigner les autorités, et « milices » pour les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP).
Apologie du terrorisme et images non vérifiées
Concernant les attaques survenues le 25 avril 2026 au Mali, le CSC accuse TV5 Monde d’avoir utilisé des images amateurs sans vérifier leur crédibilité, et d’avoir mis l’accent sur « la prouesse supposée des groupes terroristes ».
Surtout, le régulateur relève la diffusion d’une intervention de Mohamed Elmaouloud Ramadane, se présentant comme porte-parole d’une organisation dite « FLA », alliée au groupe terroriste JNIM.
« TV5 Monde a permis à celui-ci d’annoncer faussement sur ses antennes une prétendue prise de certaines villes maliennes par les groupes terroristes (…) »
Le CSC en conclut :
« TV5 Monde s’est rendue complice d’apologie d’actes terroristes et d’entreprise de déstabilisation des institutions maliennes, et, subséquemment, de l’espace de l’Alliance des Etats du Sahel (AES). »
Un journaliste accusé de désinformation sur les armées de l’AES
Le CSC cite également les propos du journaliste Wassim Nasr, intervenu dans le journal télévisé du 27 avril 2026.
« Wassim Nasr a allégué (…) une prétendue incapacité des armées du Niger et du Burkina Faso à agir en soutien à l’armée malienne (…) d’où leur non intervention au Mali depuis les attaques du 25 avril 2026, selon lui. »
L’instance de régulation y voit une « campagne de désinformation visant à éluder les avancées significatives et à saper ainsi les efforts des autorités de l’AES dans la lutte contre le terrorisme ».
Des infractions aux lois burkinabè
Le CSC rappelle que ces manquements violent plusieurs textes nationaux :
· L’article 130 de la loi n°059-2015/CNT, qui interdit « la diffusion ou la reproduction de fausses nouvelles ».
· L’article 361-19 du code pénal burkinabè (loi n°025-2018/AN), qui interdit « l’apologie d’actes terroristes, par voie audiovisuelle notamment ».
Un précédent en 2024 – deux suspensions déjà prononcées
Le CSC souligne que cette nouvelle sanction intervient après des faits similaires constatés en 2024.
« En rappel, des dérapages similaires avaient été constatés dans ce média en 2024 et avaient conduit à sa suspension temporaire, par deux fois par le CSC, successivement le 27 avril et le 18 juin 2024. »
La première suspension avait duré quatorze jours, la seconde six mois.
Décision : interdiction totale et immédiate
L’article 1 de la décision n°2026-018/CSC dispose :
« La diffusion des programmes de la chaîne de télévision TV5 Monde est interdite au Burkina Faso à compter de la signature de la présente décision. »
L’article 2 précise : « Il est interdit par conséquent toute émission, diffusion ou retransmission des programmes de la chaîne de télévision TV5 Monde, par quelques moyens que ce soit, sur toute l’étendue du territoire burkinabè. »
Le Secrétaire général du CSC est chargé de notifier la mesure à TV5 Monde et à « tout distributeur de services audiovisuels installé au Burkina Faso ».
Mise en garde aux autres médias
En conclusion de son communiqué, le CSC adresse un avertissement à l’ensemble de la presse.
« Le CSC saisit cette occasion pour inviter l’ensemble des médias à plus de rigueur professionnelle et au strict respect des règles d’éthique et de déontologie. »
Laguinee.info





