Depuis l’aube du mercredi 15 avril 2026, les plateformes Facebook, Messenger, YouTube et TikTok sont inaccessibles sur l’ensemble du territoire guinéen. L’Association des Blogueurs de Guinée (ABLOGUI), première organisation à avoir alerté sur cette interruption, affirme après des tests techniques que le blocage est « ciblé et délibéré », écartant l’hypothèse d’une panne ordinaire.
Selon l’ABLOGUI, son réseau de moniteurs indépendants, déployé à Conakry et dans les régions intérieures, a procédé à une série de tests de connectivité dont les résultats « convergent sur un blocage ciblé ». L’association souligne la précision de la restriction, qui n’affecte que ces quatre services numériques, pour étayer sa conclusion.
À l’heure de la publication du communiqué, aucune autorité guinéenne ni opérateur technique n’a officiellement réagi. L’ABLOGUI relève que « ni l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT), ni les opérateurs de téléphonie mobile, ni les Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI) n’ont jugé utile d’informer les utilisateurs sur les raisons de cette situation ». Ce silence est qualifié par l’association de « manquement à l’obligation de transparence envers les usagers ».
Des plateformes essentielles pour l’information et la participation citoyenne
Dans son communiqué, l’ABLOGUI rappelle que Facebook et Messenger, au-delà de leur fonction sociale, constituent pour des millions de Guinéens des outils d’accès à l’information, d’échange et de participation citoyenne. « Restreindre leur accès revient à amputer une partie de l’espace public dans lequel s’exercent la liberté d’expression, le droit à l’information et la liberté de communication », écrit l’organisation.
L’association fonde son opposition sur plusieurs textes internationaux et nationaux :
· l’article 19 de la Constitution guinéenne (liberté d’expression et d’opinion) ;
· l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (droit à l’information) ;
· l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui encadre strictement toute restriction à la liberté d’expression.
L’ABLOGUI estime qu’« aucune restriction à ces droits ne peut être imposée de manière arbitraire, sans base légale explicite ni justification publique ».
Les revendications de l’ABLOGUI
Face à la situation, l’association a formulé cinq exigences :
1. Condamnation sans réserve du blocage et demande de rétablissement « immédiat et sans condition » sur tout le territoire national.
2. Interpellation des autorités guinéennes sur leur obligation de garantir un accès ouvert, stable et non discriminatoire à Internet.
3. Demande d’explications à l’ARPT, aux opérateurs et aux FAI sur l’origine et le fondement légal de la restriction.
4. Appel aux organisations de défense des droits numériques, aux partenaires au développement et à la communauté internationale pour qu’ils se saisissent de la situation.
5. Encouragement des citoyens, journalistes et acteurs de la société civile à documenter les effets du blocage et à signaler tout acte de censure numérique, tout en faisant preuve de responsabilité dans l’usage des outils de contournement.
L’ABLOGUI précise qu’elle poursuivra le « monitoring de l’espace numérique guinéen » et qu’elle rendra publics ses constats.
À ce stade, ni les autorités guinéennes, ni l’ARPT, ni les opérateurs de télécommunications n’ont apporté de réponse publique.
Laguinee.info







