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Guinée-Économie : le budget 2026 en hausse de 27%, entre ambition affichée et défis structurels

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Le Projet de Loi de Finances Initiale 2026, adopté à l’unanimité par le Conseil National de la Transition, table sur des recettes totales de 55 858 milliards de francs guinéens, soit une progression de 27% par rapport à 2025. Un bond significatif, porté par la dynamique Simandou 2040. Mais derrière les chiffres, le CNT formule des réserves sérieuses sur la crédibilité de certaines projections.

Un chiffre, d’abord. 55 858 milliards de francs guinéens. C’est le montant des recettes inscrites au budget de l’État guinéen pour l’année 2026. Un niveau jamais atteint. Et une progression de 11 897 milliards par rapport à la Loi de Finances Rectificative 2025, soit +27,06%. Sur le papier, l’ambition est indéniable.

Un budget aligné sur Simandou 2040

Le cadre d’élaboration de ce budget ne laisse aucun doute sur la vision qui l’inspire. Présenté solennellement devant le CNT en présence du Premier ministre, de la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, et du gouverneur de la Banque Centrale, le PLFI 2026 est présenté comme un budget de transformation, « rigoureusement aligné sur le Programme de Développement Socio-Économique, Durable et Responsable Simandou 2040 ».

Les hypothèses macroéconomiques retenues sont volontaristes : un taux de croissance du PIB de 9,5%, une inflation maîtrisée à 3,5% en moyenne annuelle, et un PIB nominal projeté à 401 670 milliards de GNF. Le déficit budgétaire, lui, est ramené à 2,07% du PIB contre 3,08% en 2025, en dessous du seuil des 3% fixé comme objectif stratégique.

Les recettes fiscales, moteur de la progression

La hausse des recettes repose essentiellement sur les recettes fiscales, qui représentent 91,16% du budget général, soit 48 709 milliards de GNF contre 38 461 milliards en 2025, en progression de 26,65%. Trois postes tirent particulièrement cette croissance vers le haut : l’impôt sur les biens et services (+22,24%), les impôts sur le commerce extérieur et les transactions internationales (+26,07%), et les impôts sur les revenus, bénéfices et gains en capital (+38,91%).

Les Budgets d’Affectation Spéciale progressent également de 35,75%, portés notamment par le Fonds National de Développement Local (+46,63%) et le Fonds d’Investissement Minier (+46,62%).

Les trois grandes régies financières se voient assigner des objectifs en forte hausse : la Direction Générale des Impôts devra mobiliser 24 834 milliards de GNF (+26%), la Direction Générale des Douanes 25 490 milliards (+27,1%), et la Direction Générale du Trésor 3 365 milliards (+35,2%).

Des performances 2025 encourageantes

Ces objectifs ambitieux ne partent pas de nulle part. En 2025, les régies ont globalement tenu leurs engagements. La Direction Générale des Impôts a atteint 104,8% de ses objectifs. La Direction générale des Douanes a fait encore mieux, à 105,9%. Seul le Trésor accuse un retard, avec un taux de réalisation de 80,12%. Des résultats que le CNT a salués, tout en appelant à « redoubler d’efforts » pour élargir l’assiette fiscale.

Les doutes du CNT sur la sincérité budgétaire

C’est là que le bât blesse. Car si le CNT a voté ce budget à l’unanimité, il n’a pas manqué d’exprimer des réserves de fond sur certaines hypothèses de financement. Le déficit projeté à 8 323 milliards de GNF doit être couvert par plusieurs instruments : un emprunt obligataire de 2 700 milliards, des obligations du Trésor à hauteur de 5 347 milliards, et des émissions de titres d’État pour 2 000 milliards.

C’est précisément sur ce dernier point que le CNT tire la sonnette d’alarme. Ces titres d’État, dits « titres contre infrastructures », représentent 24% du déficit budgétaire. Dans un contexte de rareté des financements sur les marchés et de difficultés à lever des créances à long terme, le CNT invite le gouvernement à « revoir sa stratégie de financement en priorisant les actifs à court terme ». L’objectif : ne pas asphyxier le crédit bancaire au secteur privé, déjà contraint par la faiblesse des ressources disponibles.

Des recettes encore fragiles

Au-delà du financement du déficit, d’autres fragilités structurelles menacent la réalisation des prévisions. Le rapport du CNT le documente avec précision : des sociétés minières qui sous-déclarent leurs chiffres d’affaires, des dividendes d’entreprises publiques non versés, des redevances de l’ARPT jamais payées, des recettes administratives perçues sans base légale pour 25% d’entre elles, et des fonds spéciaux dont personne ne rend compte. Autant de manques à gagner qui fragilisent, de l’intérieur, l’édifice budgétaire.

La pression fiscale, projetée à 12,8% du PIB, reste en deçà de l’objectif minimum de 14% fixé par le gouvernement lui-même. Un écart qui traduit, malgré les progrès réels, les limites encore importantes de la mobilisation des ressources intérieures.

55 858 milliards de francs guinéens. Le chiffre impressionne. Mais un budget ne vaut que ce que sa mise en œuvre produit. Entre les projections affichées et les réalités du terrain, sociétés minières récalcitrantes, entreprises publiques déficitaires, secteur informel hors du filet fiscal, la distance reste considérable. Le gouvernement guinéen dispose d’un cadre budgétaire solide pour 2026. Il lui reste maintenant à en faire une réalité, milliard après milliard.

 

Laguinee.info

 

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