C’est avec la sobriété d’un homme qui a parfaitement minuté sa sortie* que Véron Mosengo-Omba, Secrétaire Général de la CAF, a annoncé ce dimanche sa démission. Dans un communiqué d’une demi-page, format idéal pour ne pas trop s’expliquer, il nous informe qu’après plus de 30 ans de carrière internationale, il a décidé de se consacrer à des « projets plus personnels ». Lesquels ? Mystère. Le football africain, lui, attendra. Il a l’habitude.
Le timing parfait, ou l’art de partir avant l’arrêt du TAS
Il faut saluer le sens du calendrier. L’homme choisit de plier bagage au moment précis où la CAF traverse la plus grande tempête de son histoire récente. Depuis le 19 mars, la Confédération africaine de football gère une crise inédite : le titre de champion d’Afrique a été officiellement retiré au Sénégal, et le Maroc a été sacré vainqueur sur tapis vert.
Rappelons les faits, pour les distraits. Le 18 janvier dernier, la finale de la CAN 2025 nous livrait un scénario pour le moins singulier. Alors que le score était de 0-0 dans le temps additionnel, l’arbitre a accordé un penalty aux Marocains. Les Sénégalais ont mal pris la décision et ont quitté le terrain pendant une vingtaine de minutes. Sadio Mané les a finalement ramenés à la raison et au gazon. Le Sénégal a gagné 1-0. Le trophée a été remis. Tout semblait réglé.
Sauf que non.
Deux mois plus tard, le jury d’appel de la CAF a statué que le Sénégal est « déclaré forfait » et leur victoire 1-0 en prolongations est devenue une défaite 3-0 sur tapis vert pour le Maroc. Une décision qui, selon ses détracteurs, a le mérite de prouver qu’en Afrique, les matchs peuvent désormais se jouer en deux temps : d’abord sur le terrain, ensuite dans les bureaux.
La CAF, arbitre… de ses propres règles
Des experts rappellent que les décisions arbitrales sur le terrain sont en principe définitives, conformément aux règles de l’IFAB. Le fait que le match ait été validé initialement et que le trophée ait été remis au Sénégal renforce le caractère contestable de la décision prise plusieurs semaines plus tard. [
L’ancien sélectionneur du Sénégal, Alain Giresse, n’a pas mâché ses mots : il s’est dit scandalisé, estimant que les Sénégalais avaient déjà été sanctionnés avec de lourdes amendes, et que prétendre deux mois après que leur sortie du terrain aurait perturbé les Marocains au point de leur faire perdre le match relevait du grand n’importe quoi.
La légende nigériane Asisat Oshoala a résumé le sentiment d’une bonne partie du continent en quelques mots cinglants : le Maroc est champion d’Afrique dans le livre de la CAF — pas dans le nôtre
Un trophée, deux champions, trois avocats
La Fédération sénégalaise de football a fait appel devant le Tribunal Arbitral du Sport, rappelant que le Sénégal avait bel et bien remporté la finale 1-0 sur le terrain. En attendant que le TAS tranche, le Sénégal a tout de même présenté le trophée à sa diaspora lors d’un match amical face au Pérou au Stade de France le 28 mars.
Le club des avocats du Maroc a répliqué en adressant des mises en demeure formelles à la Société d’Exploitation du Stade de France ainsi qu’au groupe GL Events, estimant que prêter son concours à une cérémonie basée sur un titre révoqué engageait leur responsabilité directe.
Un trophée. Deux équipes qui l’élèvent. Trois avocats qui se battent dessus. Le football africain n’a jamais été aussi vivant, ni aussi litigieux.
Et Mosengo-Omba dans tout ça ?
Il part, dit-il, en laissant « une CAF prospère comme jamais ». On notera l’audace de la formule. Il précise aussi avoir levé les soupçons qui pesaient sur lui. Une façon élégante de dire qu’il repart la conscience tranquille et la valise légère.
La presse sénégalaise, elle, a qualifié la décision de la CAF de « plus grand vol de l’histoire du football africain », de « farce continentale » et de « blague du siècle ». Des qualificatifs qui ne figurent pas dans le communiqué de démission du Secrétaire Général sortant. Quelle omission.
Laguinee.info







