Dans sa Déclaration de Politique Générale présentée devant le Conseil National de la Transition, le Premier ministre guinéen a dévoilé les contours d’un programme de transformation économique historique. Baptisé « Simandou 2040 », ce plan projette de porter le PIB du pays à 152 milliards de dollars à l’horizon 2040, contre environ 35 milliards aujourd’hui.
330 milliards de dollars. C’est le volume total d’investissements que la Guinée entend mobiliser sur quinze ans. Un chiffre qui donne le vertige, et qui dit à lui seul l’ampleur de l’ambition affichée.
Présenté comme « une transformation d’une ampleur inédite dans l’histoire économique » du pays, le Programme Simandou 2040 constitue la pièce maîtresse de la Déclaration de Politique Générale du Gouvernement soumise au CNT. Derrière ce nom, un pari colossal : faire de la Guinée une économie résiliente, inclusive et prospère en l’espace d’une génération.
Des chiffres qui donnent la mesure du projet
Le programme repose sur une architecture globale de 122 mégaprojets et 39 réformes structurantes. La croissance moyenne visée est de 10,3 % par an. Le PIB, aujourd’hui estimé à environ 35 milliards de dollars, devrait atteindre 152 milliards à l’horizon 2040. Plus de cinq millions d’emplois sont également projetés sur la période.
La première vague de mise en œuvre, couvrant la période 2026-2030, mobilisera à elle seule 75 milliards de dollars, dont 20 milliards déjà engagés à travers le projet intégré Simandou et les infrastructures associées.
Le financement de cette ambition reposera sur une architecture combinant 38 % de ressources privées, 32 % du budget national, 19 % de fonds souverains et 11 % de concours des partenaires techniques et financiers.
Un bilan économique déjà présenté comme solide
Avant de projeter l’avenir, le Premier ministre a rappelé les acquis enregistrés depuis 2021. Les recettes publiques sont passées de 18 859 milliards de francs guinéens en 2020 à 45 000 milliards en 2025, soit une progression de 139 %. La modernisation des régies financières, la digitalisation des procédures et la mise en place du Fichier Unique de Gestion Administrative et de la Solde ont généré plus de 246 milliards de francs guinéens d’économies.
Le rebasage du PIB a par ailleurs permis de réévaluer la richesse nationale à plus de 36 milliards de dollars, soit une hausse de 51,2 %. Cette dynamique est confortée par la récente décision de confirmer la note souveraine de la Guinée à « B+ », avec une perspective passant de « Stable » à « Positive ».
Une doctrine claire : consolider, élever, transformer
Le gouvernement a structuré son action autour d’une doctrine en plusieurs axes : consolider l’État, élever le capital humain, transformer l’économie, moderniser le territoire, protéger les équilibres macroéconomiques, renforcer la justice sociale, sécuriser la République et projeter la Guinée dans les nouvelles dynamiques régionales et mondiales.
La stabilité institutionnelle, affirme le document, « n’a de sens que si elle produit de la prospérité ». La croissance, elle, « n’a de légitimité que si elle devient inclusive ». Et les ressources naturelles « n’ont de valeur politique que lorsqu’elles bonifient le capital humain et améliorent la compétitivité-pays ».
L’agriculture, l’éducation et la finance en première ligne
Le programme décline ses ambitions secteur par secteur. Dans le domaine de l’agriculture, de l’industrie alimentaire et du commerce, 32 mégaprojets et 10 réformes sont prévus, pour un volume d’investissements de 65 milliards de dollars. 45 000 promoteurs agricoles ont déjà été accompagnés, dont 60 % de femmes.
En matière d’éducation et de culture, l’action gouvernementale s’articule autour de 13 mégaprojets et 5 réformes, mobilisant 40 milliards de dollars. La bourse étudiante a été portée de 100 000 à 500 000 francs guinéens. Sur le plan financier, 16 mégaprojets et 5 réformes sont prévus, pour 1,5 milliard de dollars d’investissements. Des conventions ont été signées avec la BNIG pour 20 milliards GNF et avec EcoBank pour 200 milliards GNF au profit des PME/PMI.
La Loi Plan 2026-2040, déjà adoptée
Le cadre légal de cette ambition est désormais posé. La Loi Plan 2026-2040, adoptée par le CNT le 5 mars 2026, traduit selon le Premier ministre « la volonté politique forte de bâtir une Guinée résiliente, inclusive et prospère ». Elle constitue la boussole légale du Programme Simandou 2040 et engage l’État guinéen sur une trajectoire de transformation à long terme.
Le défi est à la hauteur des promesses. La Guinée dispose des ressources. Elle dispose désormais du cadre. Il lui reste à démontrer, dans les faits et dans la durée, que cette ambition peut se traduire en réalité tangible pour chaque Guinéen.
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