Depuis Paris, la famille d’Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba », a lancé lundi un appel d’urgence. Hospitalisé dans des circonstances qu’elle juge suspectes, leur père serait en danger de mort. Les proches réclament une vérification indépendante immédiate.
Neuf ans de détention. Et aujourd’hui, le silence. C’est ce silence, total et inexpliqué, qui terrifie la famille d’Aboubacar Sidiki Diakité.
Dans un communiqué daté du 24 mars 2026, les proches de l’ancien aide de camp du président Moussa Dadis Camara ont tiré la sonnette d’alarme. Selon le procureur général Fallou Doumbouya, dont le communiqué officiel N°05/PG/CAC/2026 a été rendu public dans la nuit du 23 mars, « Toumba » aurait été victime d’un malaise dans sa cellule à la Maison centrale de Coyah, avant d’être transféré en urgence à l’Hôpital du Camp Almamy Samory Touré, où il se trouverait actuellement en soins intensifs.
La famille, elle, conteste formellement cette version. Et réclame des preuves:
« Nous contestons formellement cette version et exigeons une preuve de vie immédiate. »
Une santé dégradée, des alertes ignorées
Ce n’est pas la première fois que l’état de santé de Toumba est évoqué publiquement. Me Lancinet Sylla et les avocats de la défense avaient déjà alerté : leur client souffre d’une hernie de la ligne blanche à un stade avancé. Un collègue médical, mandaté pour l’examiner à la prison de Coyah, avait formellement recommandé son transfert vers un établissement médical adapté. Son constat était sans appel:
« L’absence totale d’infirmerie sur place mettait sa vie en danger. »
Cet avis n’a jamais été suivi d’effet. Les autorités ont ignoré l’alerte.
Un transfert contesté, une décision judiciaire en suspens
La famille pointe également les conditions dans lesquelles Toumba a été déplacé à Coyah. Le 10 février 2026, il aurait été extrait sans décision légale de la Maison centrale de Conakry, en violation, selon ses proches, de l’article 11.13 du Code de procédure pénale guinéen. Ni le régisseur ni le procureur n’auraient produit le moindre document justificatif:
« Notre père a été transféré de force à Coyah, en violation de l’article 11.13 du Code de procédure pénale guinéen. Ni le régisseur ni le procureur n’ont pu produire le document justificatif. »
Selon la famille, un référé pénal était alors pendant devant les juridictions compétentes, et une décision judiciaire était précisément attendue le 24 mars 2026, le jour même de la publication de ce communiqué.
Ni médecin, ni avocat, ni famille
Depuis l’annonce du malaise, aucune visite indépendante n’a été autorisée. Personne. Ni médecin, ni avocat, ni membre de la famille n’a pu accéder à l’hôpital pour constater l’état réel du détenu:
« Aucune vérification indépendante n’a été autorisée. Ni médecin indépendant, ni avocat, ni membre de la famille n’a pu le voir. Ce mutisme total des autorités guinéennes est inacceptable», déclare la famille.
Face à ce mur du silence, les proches formulent des demandes précises aux autorités de Conakry : une preuve de vie immédiate et vérifiable, l’accès d’un médecin indépendant et de ses avocats à l’Hôpital du Camp Almamy Samory Touré, une transparence totale sur son état de santé réel, et sa libération anticipée, au regard des neuf années déjà purgées et de sa condition médicale.
Un appel à la communauté internationale
La famille ne s’adresse pas seulement aux autorités de Conakry. Elle interpelle Amnesty International, Human Rights Watch, l’Union Africaine et la CEDEAO, les appelant à se saisir de l’affaire et à exiger des comptes. Elle rappelle que toute personne privée de liberté a droit à la protection de sa vie et à une prise en charge médicale transparente, conformément aux Règles Nelson Mandela des Nations Unies, à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi qu’au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
« Notre père a survécu à neuf ans de détention. Il ne lui reste que quelques mois à purger. Nous refusons qu’il meure dans l’ombre et le silence de la communauté nationale et internationale. »
À l’heure où les organisations de défense des droits humains sont appelées à se mobiliser, la réponse, ou l’absence de réponse, des autorités guinéennes dans les prochaines heures sera déterminante.
Laguinee.info





