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Le pouvoir use: quand la politique épuise les corps et les esprits, il est temps de sortir du mythe du chef invincible (Lucien B.) 

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La vie publique n’est jamais un long fleuve tranquille. Exercer des responsabilités politiques exige souvent de reléguer au second plan sa vie personnelle pour se vouer entièrement à la chose publique, gérer des crises incessantes, cultiver une vigilance permanente afin de ne jamais être pris au dépourvu, une exigence particulièrement aiguë dans nos sociétés africaines, où les menaces, endogènes comme exogènes, demeurent omniprésentes.

 

Ce rythme effréné n’épargne personne. Ayant moi-même connu cette intensité à l’échelle d’une collectivité territoriale, je mesure déjà l’ampleur du défi au niveau national : le crépitement incessant du téléphone, les boîtes mail saturées, les signatures urgentes engageant le pays auprès de partenaires et de collaborateurs parfois peu scrupuleux, sans oublier cette nuée d’opportunistes dont tout dirigeant responsable se méfie légitimement.

 

Récemment, une enquête menée par le Centre de sociologie des organisations (Sciences Po Paris-CNRS) en partenariat avec l’Association des maires de France (AMF) a mis en lumière cette réalité avec une clarté saisissante : « Les maires estiment, de manière massive (83 %), que leur mandat est usant pour la santé ». Cette charge mentale, souvent plus lourde que la fatigue physique, se traduit par du stress chronique, des troubles du sommeil, des coups de fatigue récurrents et, pour certains, un épuisement qui confine au burnout.

 

Il n’y a donc rien de surprenant, ni de choquant, à ce qu’un chef d’État puisse connaître des moments de moindre forme physique ou mentale. Au contraire, une telle usure apparaît comme une conséquence logique et presque inévitable de la fonction. Dans ce contexte, la transparence institutionnelle envers les citoyens devient non seulement souhaitable, mais nécessaire. Qu’il s’agisse d’une pathologie sérieuse ou d’un simple bilan de routine, informer avec clarté, dans un cadre protocolaire cohérent et avec des termes mesurés, renforce la solidarité nationale même au-delà des clivages partisans.

 

Entretenir le flou, en revanche, ne fait qu’alimenter la méfiance, voire la défiance envers le discours officiel. Cela ouvre la porte aux rumeurs les plus folles sur les réseaux numériques, d’autant que, dans bien des cas, les médias nationaux hésitent à en parler et finissent par puiser leurs informations dans des pages de soutien liées à la présidence ou dans des sources non vérifiées.

Je comprends parfaitement les réticences à officialiser de telles informations, notamment la crainte d’écorner l’image d’un dirigeant « super fort » et invincible, longtemps cultivée comme un attribut du pouvoir, ou donner des « idées » à d’autres personnes. Pourtant, il est temps de dépasser ce mythe : le pouvoir use, il épuise même les plus résilients. Comme le soulignait déjà Machiavel dans Le Prince, « les hommes jugent plus par les yeux que par les mains », mais la réalité du corps et de l’esprit ne saurait indéfiniment être masquée sans risquer de fragiliser la légitimité même de l’autorité.

Laisser le peuple s’informer par bribes, au gré des spéculations et des fuites, ne fait que renforcer le chaos informationnel. Une communication proactive, honnête et institutionnelle reste la meilleure réponse à l’ère de l’opinion numérique foisonnante. C’est à ce prix que l’on préserve la confiance et que l’on honore véritablement la charge qui incombe à ceux qui gouvernent.

 

𝐋𝐮𝐜𝐢𝐞𝐧 𝐁.

Politologue, spécialiste en communication politique et institutionnelle, manager des stratégies marketing et communication.

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