L’ONG ACAT-France (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) tire la sonnette d’alarme sur une série d’enlèvements visant les proches de personnalités critiques du régime militaire en Guinée. Ces faits s’inscrivent dans un schéma récurrent de disparitions forcées, sans que les autorités ne rendent de comptes.
Enlèvement de la famille d’Élie Kamano
Dans la nuit du 15 au 16 novembre 2025, plusieurs membres de la famille de l’artiste et opposant guinéen Élie Kamano, actuellement en exil en France, ont été enlevés à leur domicile de la commune de Matoto, en banlieue de Conakry, par des hommes armés et encagoulés. Selon le rapport ACAT-France :
« Selon les témoignages recueillis et les déclarations publiques de l’artiste, des individus en civil, lourdement armés, sont arrivés vers 4 heures du matin à bord de deux pick-up, selon un mode opératoire décrit comme quasi-militaire. Ils ont pénétré de force dans la maison familiale et enlevé cinq personnes : deux fils d’Élie Kamano, âgés respectivement de 14 et 16 ans, un neveu de 16 ans, un cousin adulte identifié comme gendarme, ainsi qu’un autre neveu de 7 ans qui a été relâché deux heures plus tard. »
Élie Kamano a directement mis en cause les autorités guinéennes, accusant le président de la Transition, le général Mamadi Doumbouya, d’être responsable de ces enlèvements. Selon ACAT-France, ces actes seraient « des représailles contre ses prises de position politiques critiquant ouvertement la gouvernance du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD)».
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) ont exprimé leur inquiétude face à ce qu’ils qualifient de « disparitions forcées présumées », en particulier parce que des mineurs figurent parmi les victimes.
Enlèvement du père du journaliste Mamoudou Babila Keita
Le 29 septembre 2025, Elhadj Adama Keita, 75 ans, père du journaliste guinéen en exil Mamoudou Babila Keita, a été enlevé à son domicile de Nzérékoré. Selon le rapport :
« Des individus non identifiés, armés et cagoulés, ont fait irruption dans la concession familiale alors qu’Elhadj Adama Keita effectuait ses ablutions pour la prière de l’aube. Il a été saisi de force et embarqué dans un véhicule de type Toyota Prado, avant que les ravisseurs ne prennent la fuite. »
Mamoudou Babila Keita, depuis son exil, a souligné que cet enlèvement pourrait être lié à ses enquêtes journalistiques et à ses critiques envers le régime en place, et a rappelé que son père n’a aucun lien avec ses activités professionnelles.
Silence des autorités et intimidation
Selon ACAT-France, aucune information publique crédible n’a été communiquée par les autorités sur l’avancée des enquêtes, ni sur le sort des personnes enlevées. Le rapport note :
« Aucune piste officielle, aucune arrestation, ni aucun élément permettant de localiser les personnes enlevées n’ont été communiqués, laissant les familles sans nouvelles et dans une angoisse permanente. Cette absence totale de transparence alimente les craintes que ces enlèvements constituent des mesures de représailles visant des voix critiques vivant en exil. »
En décembre 2025, le procureur général près la Cour d’appel de Conakry a averti que toute personne imputant publiquement les enlèvements à l’État ou aux forces de défense s’exposerait à des poursuites pour diffamation ou propagation de fausses nouvelles. ACAT-France souligne que cette stratégie « contribue à instaurer un climat de peur et d’autocensure, incompatible avec le droit à la liberté d’expression ».
Le rapport de l’ONG rappelle que ces enlèvements ne sont pas des cas isolés. Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, de nombreuses disparitions ciblées ont été signalées, visant principalement des opposants politiques, des journalistes et leurs familles. ACAT-France indique que ces pratiques « constituent une violation manifeste du droit international et rappellent des méthodes propres aux régimes autoritaires ».
L’ONG appelle à des enquêtes indépendantes, impartiales et effectives, et exhorte les autorités guinéennes à mettre fin à l’impunité des disparitions forcées et à protéger les familles des personnes ciblées.
Laguinee.info







