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CRIEF : le DG de la Pharmacie centrale de Guinée et neuf autres cadres placés sous mandat de dépôt

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Coup de tonnerre dans le secteur pharmaceutique public. Le Directeur général de la Pharmacie Centrale de Guinée (PCG-SA), Labilé Sagno, et neuf autres responsables ont été placés sous mandat de dépôt par la CRIEF. En cause : une enquête sur de présumées irrégularités financières, des marchés publics passés de gré à gré et une perte nette de plus de 100 milliards GNF enregistrée en 2025, avec des stocks périmés évalués à plus de 85 milliards.

 

La gestion de la Pharmacie Centrale de Guinée (PCG-SA) au cœur d’une vaste procédure judiciaire.

 

Le parquet spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) a placé sous mandat de dépôt le Directeur général de la PCG-SA, Labilé Sagno, et neuf autres responsables de la société publique chargée de l’approvisionnement en médicaments.

 

Cette décision marque une nouvelle étape dans le dossier ouvert à la suite d’une dénonciation de l’Agence Nationale de Lutte contre la Corruption et de Promotion de la Bonne Gouvernance (ANLC-PBG).

 

Les personnes concernées

 

Outre Labilé Sagno, sont concernés :

Bakary Camara, économiste et chef du département capital humain ; Dramadou Condé, comptable ; Himy Touré, chef du département production ; Néné Issa Diallo, département assurance et qualité ; Bangaly Mara, chargé des approvisionnements pharmaceutiques ; Mame Étien Donamou, directeur financier et comptable ; Saloum Condé, directeur des opérations ; Bakary Tambadouno, auditeur interne ; Adama Bakary Keita, directeur général adjoint, et Kadiatou Dème, responsable des marchés publics.

 

Tous occupent ou ont occupé des fonctions clés dans les domaines de la direction, des finances, des approvisionnements, des marchés publics, de la production et du contrôle interne.

 

Une instruction déclenchée le 14 octobre par Alphonse Charles Wright

 

Le 14 octobre 2026, le procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright, avait instruit l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF) d’approfondir les investigations sur plusieurs anomalies signalées dans la gestion de la PCG-SA.

 

Les faits présumés portent sur des détournements de deniers publics, des irrégularités dans la passation des marchés publics et des défaillances dans la gestion des stocks pharmaceutiques.

 

100,68 milliards GNF de pertes en 2025

 

Parmi les éléments au cœur de l’enquête figure la dégradation brutale des résultats financiers de la société.

 

Selon l’instruction du parquet spécial, la PCG-SA aurait enregistré une perte nette de 100,68 milliards de francs guinéens en 2025, contre un bénéfice de 2,8 milliards GNF en 2024.

 

Cette évolution serait liée à une marge commerciale négative de 62,23 milliards GNF, ainsi qu’à la péremption et à la détérioration d’importants stocks de médicaments.

 

L’inventaire réalisé par l’ANLC-PBG entre le 15 février et le 17 mars 2026 aurait mis en évidence des stocks périmés ou détériorés évalués à 85,67 milliards GNF au prix de vente, alors que le rapport de gestion mentionnerait 47,3 milliards GNF, un écart dont les causes restent à déterminer.

 

La kétamine représenterait à elle seule 24,15 milliards GNF, soit 28,2% des pertes recensées au titre de la péremption.

 

Marchés publics et fournisseurs dans le viseur

 

L’enquête concerne également les conditions d’attribution de plusieurs marchés publics. D’après les éléments rapportés, des acquisitions de médicaments et de dispositifs médicaux auraient été réalisées entre 2021 et 2022 par recours à des marchés de gré à gré, sans mise en concurrence suffisante ni autorisation préalable.

 

Cinq fournisseurs – Kinapharma, Pharmanova, Nazounki, Entrance et Medinex – sont cités parmi les entreprises concernées par des livraisons de produits périmés, principalement sur la période 2022-2023.

 

Un marché de construction et de rénovation d’un entrepôt à Boké, évalué à près de 8,9 milliards GNF, figure également parmi les opérations examinées pour soupçons de surfacturation.

 

Défaillances de gestion et traçabilité

 

L’ANLC-PBG aurait relevé des différences entre les numéros de lots enregistrés et ceux constatés physiquement, l’absence de certaines fiches de stock et des transferts de produits insuffisamment documentés.

 

Des médicaments périmés auraient été conservés dans les mêmes magasins que des produits encore valides. À Manéah, certains stocks périmés auraient été entreposés à l’air libre avant leur incinération.

 

La situation financière soulève aussi des interrogations : la PCG-SA détiendrait une créance de 46,6 milliards GNF sur le ministère de la Santé, tandis que le délai moyen de règlement des fournisseurs aurait dépassé 1 000 jours en 2025, contre 567 jours en 2024.

 

Dans son instruction, Alphonse Charles Wright a demandé des vérifications complémentaires sur les contrats, bons de commande, procès-verbaux de réception, documents comptables et registres de stocks.

 

Les investigations devront déterminer si les pertes constatées résultent de défaillances de gestion ou si certains faits sont susceptibles de constituer des infractions pénales.

 

Les personnes mises en cause bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’à ce que leur culpabilité soit légalement établie.

Laguinee.info

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