Cinq millions de francs guinéens pour parcourir 500 mètres dans le cadre d’un transport judiciaire : le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, dénonce des frais qu’il juge excessifs et menace de sanctionner les responsables. En visite au tribunal de première instance de Kankan, le vendredi 9 octobre 2026, il a également dénoncé les lenteurs dans le traitement des procédures et exigé l’affichage des tarifs officiels des actes judiciaires.
Face aux magistrats et aux autres acteurs de la chaîne pénale, le Garde des Sceaux a dénoncé des retards dans la mise à disposition de certaines décisions de justice. Il a rappelé que les décisions en matière pénale devraient être prêtes dans des délais raisonnables, déplorant des situations où les justiciables attendent parfois des mois, voire des années.
« En matière pénale, après trois jours, la décision doit être prête. Mais nous savons que ça peut faire des fois des mois, des années sans que les parties aient leurs décisions. Ce n’est pas normal, et nous allons commencer à sévir », a-t-il averti, appelant les acteurs judiciaires à mettre fin à ces pratiques.
Des frais de transport judiciaire jugés exorbitants
Autre préoccupation soulevée lors de cette rencontre : les montants réclamés pour les transports judiciaires. Le ministre estime que certaines sommes sont disproportionnées par rapport aux distances parcourues et constituent une charge excessive pour les justiciables.
« On ne peut pas fixer, par exemple, les frais pour cinq cents mètres et demander cinq millions de francs guinéens aux pauvres justiciables. Ce n’est pas normal. Il faut qu’on arrête de le faire. Si vous ne suivez pas, vous allez en assumer les conséquences », a-t-il prévenu.
Le Garde des Sceaux a rappelé que les frais concernés sont encadrés par des dispositions réglementaires et appelé les responsables judiciaires à veiller à leur application.
Affichage obligatoire des tarifs officiels
Le ministre a également insisté sur la transparence des frais liés à la délivrance des actes judiciaires et administratifs. Il a notamment ordonné l’affichage des tarifs réglementaires dans les endroits visibles du tribunal, afin que les usagers puissent connaître les montants officiels avant d’effectuer leurs démarches.
Il a précisé que ces frais sont fixés par un arrêté conjoint du ministre de la Justice et de celui chargé de l’Économie et des Finances.
« Vous allez demander aux chefs de greffe d’afficher ça un peu partout, à tous les endroits visibles du tribunal. Et vous devez y veiller aussi, parce que quelqu’un qui va s’arrêter à la porte du tribunal pour rançonner, quand on met un franc dessus, c’est une arnaque », a-t-il déclaré.
Le ministre a ainsi appelé les responsables judiciaires à empêcher les démarcheurs de réclamer indûment de l’argent aux citoyens aux abords du tribunal, rappelant que de telles pratiques pourraient porter atteinte à la réputation de l’institution.
Vers un rapprochement des services judiciaires
Après l’étape du tribunal de première instance, Ibrahima Sory II Tounkara et sa délégation se sont rendus à la cour d’appel de Kankan. Les échanges ont notamment porté sur l’efficacité de la chaîne pénale et la possibilité de créer de nouvelles cours d’appel.
Selon le ministère de la Justice, cette initiative viserait à rapprocher davantage les services judiciaires des justiciables.
À Kankan, le ministre a ainsi insisté sur trois exigences : le respect des délais judiciaires, l’application des tarifs réglementaires et la lutte contre les pratiques abusives qui compliquent l’accès des citoyens à la justice.
De Kankan, Mohamed Lamine Yansané pour Laguinee.info





