La grâce présidentielle accordée à Aliou Bah, président du MoDeL, est loin de faire l’unanimité dans la classe politique. Dans une réaction au vitriol publiée ce vendredi 3 octobre, l’opposant Cellou Dalein Diallo a dénoncé un « fait du Prince » et a refusé de voir dans cette libération un acte de clémence.
Pour le leader de l’UFDG, cette grâce est la preuve d’une dérive autoritaire au sommet de l’État.
« Mamadi Doumbouya démontre, chaque jour, que la détention ou la liberté de ses concitoyens ainsi que la jouissance de leurs droits ne dépendent désormais que de son bon vouloir et de sa volonté souveraine. Il voudrait faire des citoyens guinéens ses obligés, voire ses sujets, et de l’État et de ses institutions, sa chose« , assène Cellou Dalein Diallo.
Poussant la comparaison historique, l’opposant ajoute : « Si Louis XIV avait prétendu que ‘l’État, c’est lui’, pour Mamadi Doumbouya, ‘l’État, le pays, la justice, l’économie, tout, c’est lui’. En tout cas, il voudrait décider, comme il l’entend, du destin de chacun et de tous. »
« On ne gracie pas quelqu’un qui n’aurait jamais dû être condamné »
Cellou Dalein Diallo rappelle le parcours judiciaire d’Aliou Bah, arrêté le 26 décembre 2024, puis « jugé et condamné arbitrairement, le 25 janvier 2025, à une peine de prison ferme de deux ans, sous le motif fallacieux d’offense au chef de l’État ».
Pour lui, la grâce présidentielle n’efface rien : « Aliou Bah, qui a été arrêté injustement […] est sur le point de purger toute sa peine. Il a ainsi été privé de sa liberté pendant vingt-deux mois alors qu’il n’aurait jamais dû être arrêté ou condamné. On ne peut pas gracier quelqu’un qui n’aurait jamais dû être condamné.«
Et de conclure sur ce point : « Mamadi Doumbouya ne peut pas être à la fois l’auteur de l’injustice et celui qui vient ensuite s’attribuer le mérite d’y mettre fin. La grâce ne fait disparaître ni l’injustice initiale, ni les mois de liberté volés, ni les préjudices subis par Aliou Bah et sa famille.«
La CEDEAO brandie comme argument massue
L’opposant rappelle que la libération d’Aliou Bah avait déjà été ordonnée par la justice communautaire.
« Le 25 juin dernier, la Cour de justice de la CEDEAO, saisie du cas d’Aliou Bah, avait ordonné à l’État guinéen sa mise en liberté immédiate et sans condition. Le 25 septembre dernier, la juridiction communautaire a de nouveau saisi l’État guinéen afin d’assurer l’exécution de son Arrêt, resté jusque-là sans effet« , souligne-t-il.
Selon Cellou Dalein Diallo, si le Général Doumbouya était « réellement préoccupé par la libération d’Aliou Bah et non par la volonté de s’octroyer un humanisme qu’il n’a pas, il aurait tout simplement appliqué, comme il en a l’obligation, l’arrêt de la Cour de la CEDEAO.«
Pour l’ancien Premier ministre, « Aliou Bah n’a rien à devoir à une quelconque clémence présidentielle. S’il y a un mérite dans cette libération, il revient à son courage, à sa constance, à sa résilience et à la Cour de justice de la CEDEAO. »
Il lance enfin un appel : « Refusons que le fait du Prince soit notre boussole, qu’il remplace la Constitution et les lois de la République et qu’il devienne une épée de Damoclès qui pèse sur notre pays et plane sur toutes nos têtes.«
Laguinee.info





