À l’approche du 2 octobre, Alpha Condé s’adresse aux Guinéens depuis son éloignement du pouvoir. Dans une déclaration présentée comme une adresse à la nation, l’ancien président revient sur son bilan de 2011 à 2021, critique la gestion du pays depuis le 5 septembre 2021 et appelle à la restauration de « l’ordre constitutionnel civil et démocratique ».
Dans son message, Alpha Condé place la souveraineté au cœur de la célébration des 68 ans de l’indépendance de la Guinée. Il estime que le 2 octobre ne doit appartenir ni à une génération ni à une formation politique, mais à l’ensemble du peuple guinéen.
« Cette date historique ne doit appartenir ni à une génération, ni à un parti, encore moins à une junte. Elle appartient au peuple », affirme-t-il.
Pour l’ancien chef de l’État, l’indépendance ne se limite pas à la souveraineté politique. Elle implique également, selon lui, la capacité à disposer des ressources nationales, à choisir librement ses dirigeants et à garantir les libertés publiques.
Alpha Condé défend son bilan de 2011 à 2021
Une partie importante de son discours est consacrée à la période durant laquelle il était à la tête de l’État.
Alpha Condé rappelle notamment les réformes économiques et financières engagées sous sa présidence et cite l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés, qui avait ouvert la voie à un allégement de la dette guinéenne.
Il évoque également les barrages de Kaléta et Souapiti, les infrastructures routières, le Code minier de 2011 ainsi que les négociations autour du projet Simandou.
L’ancien président met aussi en avant les performances économiques enregistrées avant et pendant la pandémie de Covid-19. Il affirme notamment que la croissance avait atteint environ 7,1 % en 2020 et cite une baisse de la pauvreté monétaire estimée par la Banque mondiale entre 2014 et 2018.
Alpha Condé reconnaît toutefois que cette période a également été marquée par des manifestations meurtrières, des arrestations et des tensions politiques.
« Une lecture honnête de notre histoire doit reconnaître ces acquis sans nier les insuffisances et les erreurs de cette période », affirme-t-il, avant de rendre hommage aux victimes de ces épisodes.
Le 5 septembre 2021 au cœur de son discours
Alpha Condé revient ensuite sur le coup d’État du 5 septembre 2021, qui a mis fin à son régime.
Il qualifie cet événement de « coup d’État sanglant » et affirme que le changement de pouvoir a interrompu, selon lui, le processus de démocratisation du pays.
L’ancien président met également en cause les engagements annoncés par les nouvelles autorités en matière de refondation de l’État, de justice, de lutte contre la corruption, de défense des droits et de retour à l’ordre constitutionnel.
S’appuyant sur des rapports d’organisations internationales de défense des droits humains, il évoque des restrictions de l’espace civique, des interdictions de manifestations, des arrestations de journalistes et d’opposants, ainsi que des fermetures ou suspensions de médias.
Il cite également la dissolution de 107 partis politiques annoncée en octobre 2024 et le placement de 67 autres sous observation.
Les ressources minières au centre des préoccupations
L’ancien président consacre également une partie de son adresse aux ressources minières du pays.
Il estime que les richesses naturelles de la Guinée doivent contribuer à créer des emplois, développer les infrastructures et améliorer l’accès aux services sociaux.
À propos de Simandou, Alpha Condé estime que ce projet ne peut, à lui seul, assurer le développement du pays.
« À lui seul, Simandou ne peut développer la Guinée », soutient-il, appelant à davantage de transparence et de contrôle institutionnel dans la gestion des ressources nationales.
Selon lui, la souveraineté politique doit également s’accompagner d’une souveraineté économique et institutionnelle.
Un appel à la restauration de l’ordre constitutionnel
Dans la dernière partie de son message, Alpha Condé appelle à l’unité nationale et à la restauration de l’ordre constitutionnel.
« Nous devons renforcer notre unité afin de restaurer l’ordre constitutionnel civil et démocratique et rebâtir notre État au service du peuple », déclare-t-il.
L’ancien président critique sévèrement la situation actuelle du pays, évoquant notamment la pauvreté, l’insécurité, les assassinats ciblés, les kidnappings et les disparitions forcées. Ces affirmations relèvent de son appréciation de la situation nationale et sont formulées dans un discours politique.
Alpha Condé conclut son adresse en appelant à construire une République dans laquelle, selon ses termes, « aucun citoyen n’est au-dessus de la loi ni en dessous de la dignité ».
À l’occasion des 68 ans de l’indépendance, l’ancien président affirme ainsi vouloir replacer la souveraineté, les institutions démocratiques, la gestion des ressources naturelles et les libertés publiques au centre du débat national.
Laguinee.info





