Une caméra, un personnage, quelques mots bien choisis et surtout l’envie de faire rire. Sur les réseaux sociaux guinéens, Koulémou Noé, connu comme Danger Le comédien, s’est construit un public au fil de ses vidéos humoristiques. Derrière les scènes qui amusent les internautes se raconte pourtant une histoire plus personnelle : celle d’un métier hérité de son père, nourri par la passion et confronté aux difficultés de professionnalisation.
Avant les vidéos et les réseaux sociaux, il y avait le théâtre. Noé Koulemou fait ses premiers pas dans la comédie au sein des églises, où il découvre progressivement le plaisir de monter sur scène et de faire rire.
Pour lui, cette orientation n’est pas le fruit d’un choix complètement prémédité. Elle s’inscrit dans une histoire familiale.
« Nous n’avons pas forcé la chose, c’est la comédie qui nous a trouvés. Mon papa était aussi comédien, il aimait faire rire. Donc, j’ai suivi la trace de mon père », explique-t-il.
De l’église aux réseaux sociaux
En 2016, son arrivée à Conakry marque un tournant dans son parcours. Il commence à produire et à publier des vidéos humoristiques sur les réseaux sociaux.
Une de ses premières productions connaît rapidement un succès qui contribue à le faire connaître auprès du public.
« Ma première vidéo a explosé, c’est comme ça que je suis devenu connu », raconte-t-il.
Les réseaux sociaux deviennent alors un nouvel espace d’expression pour lui, mais aussi un moyen de toucher un public plus large.
Faire rire, mais avec un métier derrière
Pour M.Koulémou, l’humour ne se résume pourtant pas à quelques minutes de divertissement. Il estime que cette profession reste parfois mal comprise, notamment lorsqu’elle est assimilée au simple rôle de clown.
« Un humoriste est destiné à faire rire, c’est ça qui fait la différence entre nous et les clowns », explique-t-il.
Le travail de l’humoriste nécessite, selon lui, de savoir choisir les sujets, mais aussi de déterminer la manière de les traiter pour provoquer le rire tout en faisant passer un message.
Des difficultés derrière les éclats de rire
Derrière la visibilité offerte par les réseaux sociaux, les humoristes restent confrontés à des difficultés professionnelles. L’humoriste déplore notamment ce qu’il considère comme un faible investissement dans le secteur.
« La plus grande partie du temps, l’État n’était pas beaucoup investi dans notre domaine humoristique », affirme-t-il.
Il évoque également les rapports avec les structures culturelles et le traitement réservé aux projets portés par les humoristes.
« Quand tu pars au ministère de la Culture, souvent, ce sont les artistes qui font leurs projets qui sont plus vus. Les projets des humoristes étaient moins considérés », déplore-t-il.
Il constate néanmoins une évolution dans l’intérêt porté à cette discipline.
« À l’heure actuelle, ils commencent à s’intéresser à nous petit à petit », reconnaît-il.
Pour lui, la professionnalisation du secteur passe notamment par un accompagnement accru des créateurs et une reconnaissance plus importante de l’humour comme activité artistique.
Les réseaux sociaux entre opportunités et dangers
Les mêmes plateformes qui ont contribué à sa notoriété exposent également les jeunes à plusieurs risques. Noé cite notamment le harcèlement, la cybercriminalité et l’exposition à des contenus nuisibles.
« Les réseaux sociaux sont une arme à double tranchant », prévient-il.
Il appelle donc les jeunes à définir leurs objectifs avant de se lancer sur les plateformes numériques.
« Je conseille à mes frères et sœurs de faire attention, car il y a beaucoup de choses sur les réseaux, par exemple le harcèlement et la cybercriminalité. Venir sur les réseaux sociaux sans objectif est très dangereux », insiste-t-il.
De l’influence de son père aux scènes des églises, puis aux vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, Il a construit son parcours entre héritage familial, créativité et adaptation au numérique. Une trajectoire qui illustre aussi les possibilités offertes par les plateformes sociales et les difficultés qui persistent pour faire de l’humour une activité pleinement professionnalisée en Guinée.
Nansira Ballo et Fatoumata Yarie Camara, stagiaires pour Laguinee.info





