La Guinée n’est pas directement ciblée par les statistiques nationales du nouveau rapport d’INTERPOL, mais elle évolue dans un environnement ouest-africain où les escroqueries en ligne, les fraudes financières, le vol de données et les arnaques liées au mobile money prennent de nouvelles formes. Avec l’intelligence artificielle désormais utilisée dans une partie importante des cyberinfractions recensées en Afrique, les risques pour les utilisateurs, les entreprises et les institutions guinéennes deviennent un enjeu de vigilance.
Dans son African Cyberthreat Assessment Report 2026, consacré principalement aux tendances observées en 2025, INTERPOL décrit une cybercriminalité africaine de plus en plus organisée et transnationale. L’enquête a été menée auprès de 36 pays africains sur 49 sollicités.
Le rapport ne présente pas de fiche spécifique consacrée à la Guinée. Les données continentales ou régionales ne peuvent donc pas être considérées comme des statistiques propres au pays. Elles permettent toutefois de situer la Guinée dans l’environnement numérique ouest-africain décrit par l’organisation internationale.
La Guinée exposée aux mêmes modes opératoires
Les menaces recensées par INTERPOL concernent notamment les escroqueries en ligne, le phishing, les fraudes financières, l’usurpation d’identité, le Business Email Compromise (BEC), les cryptomonnaies et les fraudes liées aux services de paiement mobile.
Ces pratiques peuvent toucher différents acteurs en Guinée, notamment les particuliers, les banques, les entreprises, les opérateurs télécoms et les services utilisant des données personnelles.
Le mobile money constitue particulièrement un point de vigilance à l’échelle africaine. 97 % des pays ayant répondu à l’enquête d’INTERPOL ont signalé des fraudes liées aux services de paiement mobile.
L’intelligence artificielle change la donne
L’autre évolution mise en avant par INTERPOL concerne l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle par les cybercriminels.
Selon le rapport, 55 % des cyberinfractions signalées dans le cadre de l’enquête impliquaient l’IA.
Cette technologie peut notamment faciliter la personnalisation des opérations de phishing, la création de faux courriels professionnels, l’usurpation d’identité, les deepfakes ou encore l’automatisation des campagnes de fraude.
Pour les utilisateurs guinéens, ces évolutions rendent potentiellement plus difficiles à détecter certains contenus frauduleux, notamment lorsque ceux-ci paraissent plus crédibles ou personnalisés.
Les données guinéennes comme cible potentielle
Le rapport souligne également l’importance croissante des données personnelles dans les opérations criminelles.
Une donnée compromise peut être utilisée pour différentes fraudes : détournement de compte, usurpation d’identité, fraude financière ou blanchiment.
INTERPOL attire notamment l’attention sur les identités synthétiques, créées à partir de données réelles associées à des informations fictives. Ces identités peuvent servir à ouvrir des comptes ou à accéder à certains services financiers.
Dans le contexte guinéen, cette évolution concerne particulièrement les structures qui collectent et conservent des informations personnelles : entreprises, établissements financiers, opérateurs télécoms et services numériques.
Un déficit d’expertise qui concerne aussi la région
L’un des principaux défis identifiés par INTERPOL est le manque de compétences spécialisées. 92 % des agences interrogées citent le manque d’expertise technique comme un obstacle majeur, tandis que seulement 8 % des analystes du renseignement interrogés disposent d’une expertise avancée en IA.
Le rapport indique également que 94 % des agences interrogées déclarent disposer de capacités insuffisantes en criminalistique numérique.
Ces données ne constituent pas une mesure spécifique des capacités guinéennes. Elles illustrent toutefois les difficultés rencontrées à l’échelle africaine pour suivre l’évolution rapide des techniques utilisées par les cybercriminels.
La coopération au cœur de la réponse
Pour INTERPOL, la lutte contre ces réseaux nécessite notamment un meilleur partage d’informations entre les forces de l’ordre, les banques, les opérateurs télécoms et les autres acteurs privés.
L’organisation recommande également de renforcer les capacités techniques, de former les enquêteurs à l’intelligence artificielle et d’accélérer la coopération transfrontalière.
En 2025, quatre opérations coordonnées par INTERPOL, Serengeti 2.0, Contender 3.0, Sentinel et Red Card 2.0, ont conduit, selon l’organisation, à plus de 1 500 arrestations et à la récupération de plus de 100 millions de dollars.
Pour la Guinée, le rapport ne fournit donc pas de bilan national de la cybercriminalité. Il met cependant en lumière les mutations d’un phénomène qui dépasse désormais les frontières et associe données personnelles, identité numérique, finance, télécommunications et intelligence artificielle.
Dans cet environnement régional, la protection des données, la sensibilisation des utilisateurs, le renforcement des compétences techniques et la coopération entre les acteurs apparaissent comme des éléments centraux de la réponse à la cybercriminalité.
Laguinee.info





