À Conakry, être mère célibataire signifie parfois devoir assumer seule une grande partie des responsabilités liées à l’enfant. Difficultés financières, absence de soutien du père, interruption des études ou encore regard de la société : certaines femmes doivent composer avec plusieurs contraintes à la fois. Malgré ces obstacles, elles continuent de travailler et de se battre pour offrir de meilleures conditions de vie à leurs enfants. Le parcours de Thérèse illustre cette réalité.
Une grossesse qui marque le début des difficultés
Mado, (prénom d’emprunte) affirme avoir vécu une relation de sept ans avant de tomber enceinte. Elle explique avoir choisi de poursuivre sa grossesse avec l’accord de son compagnon.
« J’étais dans une relation de 7 ans avec le gars. Du coup, je suis tombée enceinte et je ne voulais pas avorter. On a décidé d’avoir un enfant ensemble. C’est comme ça que l’enfant est né dans notre 7ème année. Les difficultés ont commencé dès que je suis tombée enceinte d’abord », raconte-t-elle.
Selon elle, les premières tensions sont apparues pendant la grossesse. Après la naissance de sa fille, les difficultés se sont accentuées, notamment en raison de ce qu’elle décrit comme un manque d’implication du père.
« Parce que j’ai eu quelques discussions avec mon copain. Mais après la naissance du bébé, mes difficultés se sont multipliées. Car le père n’assume pas ses responsabilités », explique-t-elle.
Dans cette situation, Mado dit compter principalement sur sa propre famille pour prendre en charge l’enfant.
« Ma famille m’aide plus, à propos des dépenses. Son papa, quand je lui demande de l’argent, il dit à chaque fois qu’il n’a pas d’argent. C’est ma famille et moi qui nous occupons de l’enfant », témoigne-t-elle.
Des choix difficiles pour assurer la scolarité
Les difficultés financières ont également pesé sur les projets de scolarisation de sa fille. Thérèse souhaitait l’inscrire à l’école cette année, mais elle affirme ne pas disposer des moyens nécessaires pour supporter les frais.
« En ce qui concerne la scolarité de l’enfant, j’ai voulu la faire rentrer à l’école cette année. Mais vu ce que je gagne là et ce que la scolarité demande beaucoup d’argent, j’ai renoncé. Je me suis dit de faire des économies cette année et l’année prochaine elle sera scolarisée », précise-t-elle.
Pour le sociologue Sidafa Camara, le fait d’être mère célibataire ne conduit pas automatiquement à la précarité. Selon lui, la situation dépend notamment des revenus, de l’emploi et du soutien disponible autour de chaque femme.
« Être mère célibataire ne signifie pas automatiquement être dans la pauvreté. Cependant, lorsqu’une femme élève seule son enfant, elle doit souvent prendre en charge plusieurs dépenses, notamment le logement, l’alimentation, la santé et la scolarité. Lorsque le père ne participe pas aux dépenses et que la mère n’a pas d’emploi stable, cela peut créer une situation de précarité », explique-t-il.
Le sociologue insiste toutefois sur les différences entre les parcours.
« Mais il faut aussi tenir compte du soutien de la famille, de l’emploi et des revenus de chaque femme. Certaines mères célibataires disposent de moyens suffisants et arrivent à subvenir correctement aux besoins de leurs enfants. »
Quand la maternité bouleverse les études
Pour la jeune dame, les difficultés ne se limitent pas aux dépenses quotidiennes. La naissance de sa fille l’a également conduite à interrompre ses études.
«Quand j’ai eu l’enfant là, je faisais le BPC, mais vu que l’enfant était trop petit là, je ne pouvais pas la laisser à la maison. J’ai dû abandonner mes études pour chercher un petit boulot où je pouvais venir tôt pour m’occuper d’elle », raconte-t-elle.
Aujourd’hui, elle tente de trouver un équilibre entre son travail et ses responsabilités de mère.
«C’est comme ça que j’arrive à concilier mon travail et m’occuper de mon enfant. Il y avait quelqu’un pour s’occuper, mais l’enfant a besoin de l’amour maternel, de la chaleur de sa maman. Le matin, je pars au boulot et reviens à 14 h. Donc, c’est planifié », explique-t-elle.
Avec un revenu mensuel de 850 000 francs guinéens, elle affirme essayer de couvrir une partie des besoins de sa fille.
« Je gagne 850 000. Avec ça, je me débrouille pour couvrir quelques dépenses de mon enfant », indique-t-elle.
Même si sa famille lui apporte un soutien, Mado dit chercher à rester autonome autant que possible.
« Je ne demande pas de l’aide à chaque fois à la famille. Des fois, je me débrouille », souligne-t-elle.
Le poids du regard social
À ces difficultés matérielles s’ajoute parfois le regard porté par l’entourage. Pour le sociologue Sidafa Camara, cette perception est notamment liée à la place traditionnellement accordée à la famille en Guinée.
«Dans la société guinéenne, la famille occupe une place très importante. Traditionnellement, on considère qu’un enfant doit grandir avec son père et sa mère. Lorsqu’une femme élève seule son enfant, certaines personnes ont donc tendance à la regarder différemment », explique-t-il.
Le sociologue estime que certaines mères célibataires sont également confrontées à des préjugés.
« Il existe aussi des préjugés qui font croire qu’une mère célibataire est forcément responsable de sa situation. Pourtant, chaque femme a une histoire particulière. Elle peut être séparée, abandonnée, veuve ou avoir connu d’autres circonstances. Il est donc important de ne pas juger une personne sans connaître sa réalité », poursuit-il.
Selon lui, ce regard peut peser sur les femmes concernées.
«Pour la mère, le regard négatif de la société peut provoquer un sentiment de honte, d’isolement, de culpabilité ou une perte de confiance en elle. Certaines femmes peuvent même éviter certaines activités sociales par peur des critiques », affirme Sidafa Camara.
L’enfant peut également être confronté à cette situation, notamment à travers les remarques liées à l’absence du père.
« L’enfant peut également être affecté, notamment lorsqu’il est victime de moqueries ou de remarques concernant l’absence de son père. Cette situation peut avoir des conséquences sur son estime de soi et sur ses relations avec les autres. Il faut donc comprendre que l’enfant n’est pas responsable de la situation familiale dans laquelle il se trouve », insiste le sociologue.
« Nous avons surtout besoin de soutien »
Pour Mado, l’une des principales choses à changer reste le regard porté sur les mères célibataires.
«Si je pouvais changer une seule chose, ce serait le regard de la société sur les mères célibataires. J’aimerais qu’on arrête de nous juger ou de penser que nous sommes incapables d’élever nos enfants seules. Nous avons surtout besoin de soutien, de respect et d’opportunités pour pouvoir travailler et assurer l’avenir de nos enfants », affirme-t-elle.
Malgré les difficultés, elle dit trouver sa motivation dans sa fille.
« Malgré les difficultés, c’est mon enfant qui me permet de tenir, car elle est tout pour moi. En aucun cas je ne vais abandonner, je tiens bon pour elle », confie-t-elle.
Son ambition est désormais de permettre à son enfant de connaître un avenir différent du sien.
« Je veux offrir un meilleur avenir à mon enfant et je ne veux pas qu’elle suive mes traces, car quand on est mère célibataire, c’est toujours accompagné de difficultés. Inchallah, je vais lui offrir tout ce que je n’ai pas dans la vie », conclut-elle.
Le parcours de Mado montre ainsi les difficultés auxquelles certaines mères célibataires peuvent être confrontées à Conakry, entre responsabilités familiales, contraintes financières et regard social. Mais derrière ces difficultés, il y a aussi une volonté de travailler, de rester autonome et surtout de préparer l’avenir de leurs enfants.
Nansira Ballo et Fatoumata Bah, stagiaires pour Laguinee.info





