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Conakry : la tontine, une épargne populaire qui séduit au-delà des ménages modestes

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Longtemps perçue comme la banque des femmes à faibles revenus, la tontine s’est imposée à Conakry comme un système d’épargne transversal. Femmes au marché, commerçantes, mais aussi fonctionnaires et salariés, ils sont de plus en plus nombreux à y recourir pour épargner.

Mamadou Saïdou Diallo, gestionnaire de tontines, en est le témoin direct.

« Les membres versent chaque jour une somme d’argent, à partir de 5 000 francs guinéens, et reçoivent un ticket correspondant à leur épargne. Les versements et les bénéficiaires sont enregistrés dans un bloc-notes », explique-t-il.

Son groupe compte aujourd’hui environ 500 personnes, avec des cotisations pouvant atteindre 250 000 GNF. Des montants qui montrent que le profil des adhérents a évolué.

« Cette tontine marche très bien, car je bénéficie d’intérêts et les clients y gagnent aussi », souligne-t-il.

S’il conserve encore l’argent à son domicile, faute de compte bancaire, sa clientèle, elle, n’est plus uniquement composée de non-scolarisés.

Loin du cliché de la banque des pauvres

Fatoumata Camara, membre d’une tontine de 25 femmes, illustre bien cette nouvelle réalité. Chaque membre cotise 100 000 GNF par jour pendant cinq jours pour permettre à l’une d’entre elles de toucher 2 500 000 GNF à tour de rôle.

Si pour certaines, l’illettrisme reste un frein à l’accès à la banque :

« On ne sait pas comment se procurer les papiers nécessaires pour déposer son argent à la banque. La majeure partie du groupe n’a pas étudié »,d’autres y voient une stratégie d’épargne volontaire et efficace, y compris des fonctionnaires qui y trouvent un moyen de se constituer rapidement un capital pour un projet, une cérémonie ou l’achat d’un terrain, sans lourdeur administrative.

Le système mise sur la flexibilité et la solidarité.

« Pour la prise d’argent, on fait en fonction de l’ordre d’arrivée. Mais parfois, s’il y a une urgence, la personne qui a vraiment besoin d’argent peut le recevoir. On en discute toutes lors de la réunion. Comme nous sommes toutes des mères, on s’entraide », explique Fatoumata Camara.

Un système qui reste à risque

Cette popularité n’efface pas les fragilités. L’économiste Thierno Boubacar Tounkara rappelle que le succès des tontines tient aux difficultés financières générales, y compris pour des salariés.

« Beaucoup de personnes ont de faibles revenus et ont des difficultés à faire face aux dépenses du quotidien, telles que les mariages, les baptêmes, les décès », analyse-t-il.

Mais il met en garde :

« La tontine est une société fermée qui compte exclusivement ses membres. Tandis que la banque prête, investit et garantit les fonds. La tontine ne fait rien de tout cela. »

« La défaillance d’un seul membre entraîne la rupture du processus. C’est l’absence de garantie et de mécanisme de compensation qui est la principale cause des risques », conclut-il.

Preuve que la tontine n’est plus une affaire de pauvres, mais un réflexe d’épargne ancré, qui séduit par sa simplicité, sa proximité et sa discipline collective, là où la banque paraît encore lointaine.

Mohamed Nana Soumah et Elhadj Mamadou Pathé Diallo, stagiaires pour Laguinee.info

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