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Conakry : à la maison, le français gagne du terrain face aux langues nationales

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À Conakry, il suffit parfois de franchir la porte d’une concession pour constater le recul de certaines langues nationales. Dans plusieurs familles, les enfants grandissent et échangent presque exclusivement en français. Une habitude souvent assumée par les parents, qui y voient un avantage pour l’école. Mais à mesure que le français s’impose dans les foyers, la transmission des langues maternelles devient moins évidente.

Ce mercredi, Laguinee.info, à travers une de ses reporters s’est rendu dans plusieurs familles à Taouyah pour observer cette réalité.

Chez Ibrahim Diaby, le choix est clair. Avec ses enfants, les conversations se font en français. La langue nationale n’a presque pas sa place dans les échanges familiaux.

« Je ne parle que français à mes enfants parce que mes parents ne m’ont appris que cette langue. Pour faciliter leur apprentissage à l’école, nous les habituons donc à parler français », explique-t-il.

Le choix d’Ibrahim ne semble pas isolé. Dans certaines familles, parler français aux enfants est devenu une habitude installée. Parfois même au détriment de la langue maternelle.

Moussa Diaby en fait lui-même le constat.

« Je ne connais que le français. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça chez nous », reconnaît-il.

Des enfants qui ne parlent plus la langue de leur environnement

Le phénomène prend une autre dimension lorsqu’il touche les enfants. À 6 ans, Fatou Diaby parle essentiellement français. À l’école, cette situation lui complique parfois les échanges avec des camarades qui parlent soussou.

« À la maison, on ne parle que français. À l’école, je n’arrive pas à bien communiquer avec mon amie qui parle soussou. Ça me fait mal. J’aimerais parler soussou pour pouvoir communiquer avec elle », témoigne-t-elle.

Son témoignage met en évidence un paradoxe. Une langue choisie à la maison pour faciliter l’apprentissage scolaire peut devenir, dans certains cas, un obstacle dans les échanges avec d’autres enfants.

À Conakry, le français est largement présent dans les rues, les marchés et les lieux publics. Mais son usage dans les familles donne à cette langue une place encore plus importante : celle de la langue du quotidien, parfois dès les premières années de l’enfant.

« Chez nous, c’est le français »

Pour certains jeunes, l’envie de parler une langue nationale existe pourtant. Ce qui manque, c’est parfois la pratique au sein de la famille.

Abdoulaye aimerait apprendre le pular. Il en entend parler chez son meilleur ami, mais pas chez lui.

« Oui, j’aimerais bien parler pular. Chez mon meilleur ami, on parle pular, mais chez nous, c’est le français », raconte-t-il.

Ces témoignages montrent une réalité simple : une langue qui n’est plus parlée régulièrement à la maison devient plus difficile à transmettre aux enfants.

Le français reste associé à l’école et occupe une place importante dans les échanges. Les langues nationales, elles, portent une autre dimension, liée à la famille, aux origines et à l’identité culturelle.

La question est donc posée : si les parents cessent progressivement de parler leurs langues aux enfants, qui les leur transmettra demain ?

L’écrivain guinéen Thierno Monénembo résume cette dualité en une phrase : « Nous sommes des gens de deux langues. Le français nous a donné le monde, mais nos langues nous donnent nos noms. »

À Conakry, le débat ne porte donc pas seulement sur la langue que les enfants doivent apprendre. Il porte aussi sur celle qu’ils risquent de ne plus apprendre du tout.

 

Maimouna Keïta, stagiaire pour Laguinee.info

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