spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Excision en Guinée : à 26 ans, Fatoumata raconte les séquelles d’une mutilation subie à 7 ans

spot_imgspot_imgspot_img

À LIRE AUSSI

À Conakry, Fatoumata(prenom d’emprunt), 26 ans, porte encore les traces d’une excision subie lorsqu’elle était enfant. Sous ce prénom d’emprunt et dans l’anonymat, cette survivante des mutilations génitales féminines (MGF) raconte une expérience qui continue de marquer sa vie, malgré les campagnes de sensibilisation et l’interdiction de la pratique en Guinée.

« Le jour où tout a basculé »

Fatoumata avait 7 ans lorsqu’elle a été excisée. Elle se souvient encore de cette journée et des circonstances dans lesquelles l’intervention s’est déroulée.

« Je me rappelle de ce jour. J’avais 7 ans. On nous a appelées, nous étions au nombre de six. On nous a donné quelque chose à manger. Je voyais qu’on faisait entrer les enfants une à une. J’ai entendu des pleurs. J’étais choquée et très triste. Mais malgré tout cela, j’ai été excisée », raconte-t-elle avec émotion.

Des années plus tard, le souvenir reste douloureux. Elle explique que cette expérience continue de peser sur elle, notamment lorsqu’elle est amenée à en parler.

Des conséquences qui persistent

Aujourd’hui encore, Fatoumata affirme souffrir de séquelles physiques et psychologiques qu’elle associe à l’excision.

« J’ai de fortes douleurs au ventre pendant mes périodes. Je suis touchée physiquement et mentalement. Quand j’en parle, c’est comme si je revivais l’action. Ça pèse beaucoup sur moi », confie-t-elle.

Par pudeur, elle ne souhaite pas détailler davantage les conséquences qu’elle dit subir. Son témoignage traduit néanmoins la persistance, des années après les faits, du traumatisme lié à cette pratique.

« Je ne voudrais jamais que mes enfants le subissent »

Pour Fatoumata, son expérience doit servir d’avertissement aux familles. Elle appelle les parents à renoncer à l’excision et à protéger leurs filles.

« Je déconseille aux parents d’exciser leurs filles. Ce n’est pas une bonne chose. Moi, j’ai été victime, mais je ne voudrais jamais que mes enfants le subissent », affirme-t-elle.

Son message s’adresse également aux enfants qui pourraient être exposés à cette pratique. Elle les encourage à parler lorsqu’ils se sentent menacés ou lorsqu’ils ont connaissance d’une situation similaire.

« Si vous entendez parler de ça ou si vous avez peur, parlez-en à un adulte de confiance : un enseignant, un agent de santé, ou contactez les structures de protection de l’enfance. Il existe une loi en Guinée qui interdit les MGF », rappelle-t-elle.

Une pratique interdite par la loi

En Guinée, les mutilations génitales féminines sont interdites par la législation. L’article 258 du Code pénal prévoit notamment des peines d’emprisonnement et d’amende pour toute personne qui pratique, facilite ou fait pratiquer une mutilation génitale féminine. Lorsque l’acte entraîne la mort, la peine est aggravée.

Le Code de l’enfant interdit également les MGF à travers la loi L/2000/011/AN du 10 juillet 2000.

Malgré ce cadre légal et les nombreuses campagnes de sensibilisation, la pratique continue d’être signalée dans le pays, parfois dans la clandestinité. Cette situation maintient les risques pour les filles et complique la détection des cas.

Rompre le silence

Le témoignage de Fatoumata met surtout en lumière une réalité qui dépasse les statistiques et les campagnes de sensibilisation : celle des survivantes qui continuent de vivre avec les conséquences de pratiques subies pendant leur enfance.

À 26 ans, elle souhaite désormais que son expérience serve à prévenir d’autres cas. Son appel est direct : aucun enfant ne devrait être soumis à une pratique qu’il ne peut ni comprendre ni refuser.

Maïmoua Keïta,  stagiaire pour Laguinee.info

- Advertisement -
spot_img
spot_img
spot_img

ECHO DE NOS RÉGIONS